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La renaissance de l'idéal républicain et la révolte des Provinces Unies

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Lorsque nous réfléchissons, nous autres Français, sur la forme républicaine de gouvernement, nous sommes ramenés à l’histoire de notre Révolution. Nous avons une tendance spontanée à croire que la République, c’est un régime politique absolument inédit dans l’histoire moderne, dont les trois coups auraient été frappés durant l’été 1791, après que le roi Louis XVI, ramené sous bonne garde aux Tuileries, ait été déchu. Aussi sommes-nous toujours un peu gênés lorsque l’on nous rappelle que la première grande proclamation des droits de l’homme date de 1776 et qu’elle a été rédigée par les insurgés républicains des Etats-Unis d’Amérique... Claude Nicolet, décédé l’an dernier, qui fut longtemps notre grand théoricien du républicanisme, nous avait, lui aussi, habitués à penser la Révolution de 1789 comme l’héritière directe de la République romaine.

Pourtant, l’idée républicaine n’était pas entrée en hibernation entre Cicéron et Sieyès elle ne s’est pas volatilisée entre Tite-Live et Condorcet.

On vous doit de nous l’avoir démontré, à vous, Blandine Kriegel, qui avez renoué avec tout un pan oublié de notre histoire intellectuelle des XVI° et XVII° siècles. A la suite de ce travail, vous êtes devenue une des figures intellectuelles du courant républicain dans notre pays. Paradoxalement étant donnée notre histoire, c’est une position qui demeure inconfortable et très minoritaire, parce qu’elle est prise en sandwich entre des libéraux plus ou moins assumés et des marxistes plus ou moins reconvertis. Les communautariens sont presque inexistant et c’est peut-être ce manque de vis-à-vis qui manque à nos républicains. Et c’est peut-être ce qui vous vaut l’incompréhension et la haine des rédacteurs de Wikipedia. Vous avez lu les horreurs qu’on y lit de vous ? On y reviendra peut-être, même si l’Encyclopédie en ligne ne le mérite guère… Vous avez beaucoup bataillé aussi pour nous sensibiliser à un courant très important de la vie intellectuelle contemporaine, qu’on appelle « l’école de Cambridge ». Ce courant, dont John Pocock et Quentin Skinner sont les deux figures de proue, a eu le double mérite de renouveler profondément l’histoire des idées en contextualisant les textes et de proposer une archéologie remaniée de l’idée républicaine (le « révisionnisme républicain »).

C’est dans cet esprit que vous nous proposez, cette fois, un travail sur la première vraie révolution « républicaine » intervenue en Europe, celle des Pays-Bas. La Déclaration d’Indépendance de 1581, par laquelle les Etats du Nord proclament la déchéance de l’empereur d’Espagne Philippe II, vous semble anticiper, avec deux siècles d’avance, celle des Etats-Unis d’Amérique. Or, vous pointez, parmi les combattants engagés par le fer ou par l’écrit aux côtés des Hollandais révoltés, la présence de nombreux Français. C’est un épisode fort mal connu. En quoi les idées qu’ils ont développées dans le feu de cet engagement ont-elles contribué à la renaissance de l’idée républicaine ? C’est l’objet même de ce livre, « La République et le prince moderne ».

Du coup, vous nous proposez une redéfinition de la République comme souveraineté citoyenne et puissance unificatrice de la loi qui mérite un débat.

  • Par exemple, en insistant sur la république comme « régime de société », vous avez tendance à vous centrer sur son une opposition avec l’empire, - comme dans la lutte de Guillaume d’Orange contre Philippe II, dans une certaine indifférence à la forme de gouvernement. A vos yeux, la république peut « avoir un gouvernement monarchique, aristocratique ou démocratique » - cet aspect est secondaire. Expliquez-nous.
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