LE DIRECT

La rigueur EST populaire !

4 min
À retrouver dans l'émission

L’ancien PS souffrait d’un sentiment de culpabilité envahissant, fort bien décrit Bergougnoux et Grunberg, dans Les socialistes français et le pouvoir. L'ambition et le remords. Ecrasé par un « surmoi marxiste », il se jugeait lui-même comme pathétiquement réformiste, petit-bourgeois et timoré, inapte aux grands héroïsmes criminels qu’on prête aux révolutionnaires authentiques.

Les psychanalystes savent comment un surmoi envahissant peut conduire l’individu au masochisme : celui qui en est accablé cherchera de bonnes raisons de se faire juger et condamner par cette instance inflexible qu’il a le malheur de porter en lui-même. Et il les trouvera toujours. Mais il mène plus souvent encore à l’impuissance : se sachant incapable de se conformer au niveau d’exigence que lui impose cette intériorisation excessive de la figure de l’Autorité, il préfèrera ne rien faire du tout il remettra à plus tard le moment d’accomplir des actions, dont l’impossibilité matérielle finira par l’écraser sous le poids du remord. En politique, cela s’appelle le mollettisme : proclamer la nécessité de la révolution prolétarienne, mais en repousser toujours l’échéance. En attendant, faire une politique de droite.

Hé bien, on pouvait croire que l’expérience du pouvoir, sous la V° République, qui suppose l’acceptation de ses règles institutionnelles, l’exercice des responsabilités dans le cadre d’une économie de marché dont on a admis le caractère indépassable, avaient enfin guéri les socialistes de leur complexe de culpabilité. On se sera trompé.

Car si le PCF, la faucille et le marteau et la révolution prolétarienne ont cessé de hanter les rêves tragiques des dirigeants socialistes pour cause de fiasco du système soviétique, les y ont remplacés l’homme à l’écharpe rouge et le spectre de « l’autre politique » … Celle qui consiste à augmenter les revenus sans augmentation proportionnelle de la production de richesses.

Les élus socialistes sont persuadés que la rigueur budgétaire est certes nécessaire, mais qu’elle ne peut manquer d’être impopulaire. Mais enfin, si c’était la politique de rigueur que les électeurs avaient voulu sanctionner en mars dernier, c’est le Front de gauche qui aurait gagné les mairies ! Il stagne dans les sondages aux alentours de 8 %.

Ce n’est pas malgré la politique de rigueur que Manuel Valls demeure populaire dans l’opinion, mais à cause d’elle. Exemple : la réduction du nombre de fonctionnaires est approuvée par 73 % des sondés par BVA. Il se trouve même une majorité pour approuver le gel des prestations sociales ! C’est pour avoir trop tardé à prendre la mesure des déficits et du déclin de notre appareil productif que François Hollande est aussi impopulaire, et non pas parce qu’on attendait de lui je ne sais quelle « relance de la consommation ». De telles politiques, payées à crédit, risquaient de nous entraîner dans une spirale à la grecque.

Les Français sont vaccinés par 40 années consécutives de « relance par les déficits » dont ils peuvent constater les effets délétères sur leur niveau de vie et sur l’emploi . Ils ne considèrent plus l’augmentation continuelle des dépenses publiques comme un moyen de « relancer la croissance » ils en déplorent au contraire les effets sur leur feuille d’impôts et sur les taxes qui amputent leur niveau de vie. Ils ont compris que si les entreprises n’embauchent pas ou ferment, c’est parce que le niveau des cotisations sociales, dans notre pays, est par trop supérieur à celui de nos concurrents.

En outre, la critique la plus radicale de la politique de rigueur ne vient pas du Front de Gauche, mais du Front national. A la différence de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ne se contente pas de dénoncer le Programme de stabilité comme « une horreur », de le critiquer comme – je cite – « l’application bête et méchante de l’austérité imposée par la BCE », de rejeter un « un Pacte inefficace, qui va aider les grandes entreprises et « toucher les classes populaires, les classes moyennes », elle va jusqu'au bout : son programme est bien « l’autre politique » - mais tout entière : jusqu’à la rupture assumée avec l’UE, jusqu’au démantèlement de la monnaie commune, au rétablissement du contrôle des changes, aux dévaluations dites « compétitives », au protectionnisme douanier… Jamais le Front de gauche n’osera aller aussi loin dans la démagogie.

Le Parti socialiste, lui, aurait tout intérêt à assumer son tournant social-libéral , parce qu’il est en phase avec les nécessités de l’heure et qu’il rencontre les aspirations d’une majorité de Français. Encore lui faudrait-il, au préalable passer par une bonne psychanalyse, histoire de remettre son surmoi à sa place…

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......