LE DIRECT

La rigueur et la croissance

5 min
À retrouver dans l'émission

« Mitterrand, du soleil ! », scandaient, sous la pluie, les participants à l’une des fêtes de l’après 10 mai 1981. « Hollande, de la croissance ! », réclament à présent les Français, mais aussi, les Grecs, Portugais, Espagnols et autres Italiens.

Ce n’est pas leur faute si on leur a fait croire que la langueur qui frappe leurs économies était le pur effet de la mauvaise volonté d’Angela Merkel et que l’élection d’un socialiste à l’Elysée allait, comme par miracle, ramener sur l’Hexagone les taux de croissance des Trente Glorieuses. Non, ce n’est pas l’obstination de la chancelière allemande à refuser les déficits, et pourquoi pas le puritanisme luthérien des Prussiens, avec leur goût de l’austérité, qui serait responsable de l’effondrement de la croissance et du niveau effrayant du chômage dans l’Europe du Sud.

Il n’y a pas, en Europe, comme on l’entend dire par les médias français, un camp de la rigueur « qui s’amenuise » et un camp de la croissance, dont notre tout nouveau président serait le héros. A part une infime minorité d’écologistes radicaux, partisans de la « dé-croissance », tout le monde, en Europe, veut la croissance. Bien sûr.

Mais comme écrivait lundi dernier le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble , dans Les Echos, « par croissance, je n’entends évidemment pas la stimulation artificielle de la demande au moyen de dépenses budgétaires accrues ». Car enfin, si la dépense publique à crédit était l’unique moyen de relancer l’économie, nous autres Français, Médaillés d’or de la dépense publique, avec 56 % du PIB, et champions du déficit budgétaire puisque nous le pratiquons avec ardeur depuis 38 ans, nous devrions connaître une croissance à la chinoise et bénéficier de taux d’emploi à la suisse… Et les Allemands , dont le déficit, cette année, est inférieur à 1 % devraient connaître la dépression. Or, ils ont été quasiment les seuls en Euroland à enregistrer une croissance positive au premier trimestre.

La France n’a pas à négocier avec l’Allemagne une sortie de « l’austérité » pour la bonne raison qu’elle n’y ait jamais entrée. L’an dernier, le déficit budgétaire atteignait encore 5,2 % du PIB cette année, le gouvernement sortant espérait le réduire à 4,4 % . Il sera de 4,5 % et encore de 4,2 % en 2013, selon la Commission européenne. Si « l’austérité » commence à partir d’un déficit inférieur à 4,5 %, comment s’appelle l’équilibre budgétaire ? Hara kiri ?

Par ailleurs, il est évident qu’étrangler l’économie et condamner la jeunesse au chômage ou à l’exil n’est pas le meilleur moyen de faire rentrer les impôts – et d’équilibrer les comptes. Il existe désormais un certain consensus sur le fait que le retour à l’équilibre, qui demeure prioritaire, ne pourra pas se faire sans une stratégie de croissance. Et François Hollande a eu raison de souligner que le Pacte de stabilité n’en comportait pas. Mais c’est aux Etats membres de se réformer pour restaurer, comme l’Allemagne, leur compétitivité.

On pourra sans doute aménager le calendrier du retour à l’équilibre , en Espagne – où il est intenable, mais en France aussi. Pourquoi pas l’étaler sur deux quinquennats, comme le suggère Thierry Breton ce matin dans Les Echos. On pourra recapitaliser la Banque européenne d’investissements, afin de financer quelques infrastructures. Mais qu’on ne compte pas sur la chancelière pour renoncer à l’objectif de l’équilibre. Même si la CDU perd les élections régionales, la politique européenne de la chancelière demeure populaire auprès des électeurs, qui sont aussi des contribuables. Comme l’a déclaré crûment le chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Volker Kauder, « l’Allemagne n’est pas là pour financer les promesses électorales en France . »

Au lieu de se disputer sur le niveau tolérable des déficits et le montant que les Allemands sont prêts à débourser pour financer je ne sais quels « grands travaux », Hollande et Merkel feraient mieux de s’inquiéter de la situation des banques des pays du Sud , lancées dans un face-à-face à haut risque avec leurs Etats.

La perspective de voir la Grèce faire défaut se rapproche chaque jour et le risque de contagion au Portugal et à l’Espagne est sérieux. D’autant que les investisseurs fuyant les dettes de ces pays, par crainte d’une décote dans le genre de celle qu’ils ont dû accepter en Grèce, ce sont les banques de la péninsule ibérique qui sont devenues, grâce aux largesses de la BCE, les prêteuses de leurs gouvernements. Et leurs bilans ont très mauvaise mine. Il faut donc d’urgence donner au MES des moyens financiers sérieux . En l’état, il est loin de pouvoir faire face à une panique bancaire en Espagne.

Espérons que Hollande et Merkel aient, là-dessus, des idées convergentes. Car la crise de l’euro est loin d’être derrière nous !

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......