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La seule chance de François Bayrou : un gouvernement d'union nationale ?

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À retrouver dans l'émission

Dans votre livre, « 2012. Etat d’urgence », vous misiez sur deux choses pour gagner les élections présidentielles : « un choc de prise de conscience » sur la gravité de la crise et une « volonté de vraie rupture » avec le passé. La première partie du plan est en passe d’être réalisée : une majorité de Français a, en effet, pris conscience d’avoir été bercée d’illusions sur les prétendues supériorités de notre fameux « modèle ». On avait oublié qu’il était financé à crédit. On passait sous silence le fait troublant qu’il laissait sur le carreau plus de 4 millions de chômeurs. Ce « modèle » en outre a sacrifié notre industrie, fait l’impasse sur les investissements publics, négligé notre système éducatif.

Oui, il semble, en effet, que les Français aient pris conscience de l’état désastreux de leur économie. Selon la dernière enquête internationale d’IPSOS, nous sommes devenus l’un des peuples les plus pessimistes du monde. Seuls 8 % de nos compatriotes jugent « bonne, très bonne ou assez bonne » la situation économique du pays – contre 77 % des Suédois et 71 % des Allemands. L’état de nos finances publiques aussi est désastreux : les taux auxquels nous empruntons s’écartent toujours plus de ceux qui sont consentis à l’Allemagne et se rapprochent dangereusement des niveaux qui ont précipité la crise politique en Italie et mis le pays sous la tutelle de la Commission et des marchés financiers.

Notre commerce extérieur, qui était redevenu excédentaire à partir de 1992, a commencé de plonger en 2003 depuis, il s’aggrave d’année en année et il est attendu à 75 milliards cette année. Certes, la facture énergétique est lourde, mais qu’en serait-il si l’on avait écouté les partisans de la dépréciation de l’euro face au dollar ? Le problème de fond de notre économie, c’est un manque de compétitivité. Contrairement à une antienne souvent ressassée, la productivité du travail, en France, a cessé depuis longtemps d’être excellente. Elle stagne depuis une dizaine d’années. Sur le front du chômage, après un léger mieux entre 2007 et 2009, notre taux d’emploi est redescendu aujourd’hui en dessous de 64 %, alors que celui des Allemands, aussi médiocre que le nôtre en 2004, s’est envolé à 72 %.

Face à ce bilan, que proposez-vous ? De nous inspirer du modèle social allemand, réformé par Schröder. De dégager des ressources budgétaires en augmentant de deux points la TVA et d’augmenter les tranches de l’impôt sur le revenu des plus gros salaires un effort sérieux de remise à niveau de notre système éducatif une stratégie de reconquête des marchés extérieurs.

Si vos priorités sont claires, quelles sont vos chances de les mettre en œuvre un jour ?

Certes, le retrait de Borloo, l’échec de Villepin, le peu d’écho rencontré par Morin, semblent vous ouvrir un boulevard au centre. Mais ce serait compter sans Hollande les électeurs de la primaire socialiste ont choisi pour candidat le plus modéré d’entre eux, le plus ouvertement favorable à une politique de rigueur. Quant à Nicolas Sarkozy, il a renoncé à incarner la rupture volontariste avec « l’Europe des technocrates et des banquiers » qu’il était censé être en 2007. Lui aussi propose qu’on s’aligne sur l’Allemagne ? Que vous reste-t-il en propre ?

Et surtout, quelles sont vos chances de succès ? Dans votre livre, vous évoquez la possibilité d’un « accident social grave ». En temps de crise, les tensions politiques et sociales s’exacerbent. Chacun redoute une explosion, des affrontements. Imaginez-vous incarner, seul comme vous l’êtes, un recours ? Vous arrive-t-il de rêver, en vous rasant, d’être le président d’un gouvernement d’Union nationale, chargé de mener, dans l’urgence, les réformes longtemps différées ?

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