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La start-up nation et Valérie Pécresse

3 min
À retrouver dans l'émission

La sociologue Monique Dagnaud a assisté au OuiShare Fest, un rassemblement d’acteurs de l’économie collaborative, qui a eu lieu le mois dernier à Paris. Le mot d’ordre choisi pour ce regroupement mi-fête d’innovateurs sociaux, mi-université de printemps des startups, était, cette année, « Lost in transition ». Ses animateurs voulaient ainsi montrer leur propre incertitude sur la direction qu’est en train de prendre le modèle économique nouveau dont ils pensent être la tête chercheuse.

Mais une chose au moins est sûre : le numérique est en train de bouleverser radicalement nos manières de consommer, de nous informer, de nous distraire, bref de mener notre vie sociale. Il pousse à privilégier l’usage au détriment de la propriété. Il favorise le développement des économies de réseau. Il exige la collecte de données et couronne les services qui savent le mieux les analyser et les exploiter de manière fine. Il ne s’agit pas d’une filière à part, comme le bâtiment ou la construction automobile, comme on l’a cru, mais d’un panel de manières nouvelles de penser et de produire de la valeur, qui n’épargnera aucun secteur, les obligeant tous à se repenser de manière radicale.

Il n’y a pas que l’économie traditionnelle qui soit bousculée par les nouvelles pratiques issues du tournant numérique. L’Etat et la politique ne manqueront pas de l’être également à leur tour. L’Etat, parce que le passage à des formes d’échanges basées sur le troc et donc non monétisées rendra de plus en plus difficile de les taxer et que les géants de l’internet, de leur côté, se jouent de systèmes fiscaux fondés sur la localisation des activités, alors que la nature mêle de leurs activités comporte une grande part d’immatériel. Uber, la plus grande entreprise de transports automobile du monde, ne possède aucun véhicule… Et l’administration, parce que, parallèlement à une raréfaction de ses ressources, elle tendra, de plus en plus, à fonctionner elle-même comme une « plateforme », mettant en liaison des demandes et des « usagers/citoyens – tout à la fois producteurs et consommateurs de service », comme l’écrit l’économiste Elisabeth Lulin, qui préconise un « Service public 2.0. ».

« On ne croit plus en la politique, mais on n’en peut plus d’entendre parler de la crise . Nous devons cesser d’être passifs. Agissons ». C’est, écrit Monique Dagnaud, le leitmotif des participants à la OuiShare Fest. Toute une génération, celle de la « Start-up nation » qu’est en train de devenir notre pays, lui semble renouer avec l’idéal autogestionnaire de leurs parents, au sens où ses membres aspirent à « une gestion décentralisée des biens communs au service de tous, à partir d’arrangements institutionnels ».Mais une autogestion mâtiné, non plus de socialisme, comme dans les années 70, mais de libéralisme – ces jeunes créateurs de start-ups, proclamant « ne rien attendre de l’Etat » et rejetant les conforts du salariat traditionnels au profit de formes d’engagement proches du statut libéral. Ils perçoivent, en effet, ce statut comme non hiérarchique et n’encourageant pas la compétition interne. Leur idéal, c’est celui du modèle collaboratif et des engagements ponctuels.

« Pour ces jeunes diplômés, l’entrepreunariat est conçu comme une arme de changement politiqu e », écrit encore la sociologue. En somme, l’aspiration à changer le monde n’aurait pas disparu de la génération Y, celle des digital natives, mais elle prendrait d’autres formes. Si la politique ne les intéresse plus sous sa forme traditionnelle, il n’est pas vrai qu’elle soit désabusée, ni résignée.

A part changer – une fois de plus – le nom de votre parti, que proposez-vous à la « start-up nation » ?

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