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La Turquie, entraînée dans le chaos proche-oriental ?

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Après 13 ans d’un pouvoir, exercé de manière de plus en plus autoritaire , Erdogan a fini par trébucher lors des élections de juin dernier. Un parti ouvertement pro-kurde, le HDP a réussi à franchir le cap des 10 % des voix nécessaire pour entrer au Parlement d’Ankara. Il a été soutenu par de nombreux Turcs non Kurdes, exaspérés par la mégalomanie d’un président, qui se prend pour un sultan et s’est fait aménager un palais digne Versailles, comportant 1 000 pièces.

Alors qu’Erdogan comptait obtenir la majorité nécessaire à la modification de la Constitution dans le sens d’un renforcement ses pouvoirs personnels, il a vu ses ambitions ruinées. D’où la convocation d’un nouveau scrutin en novembre. Mais ces nouvelles élections auront lieu dans une atmosphère de forte tension elle fait redouter aux alliés de la Turquie la déstabilisation de ce pays-clef ultime pôle de stabilité dans une région en proie au chaos. Sur les 4 millions et demi de Syriens qui ont fui la guerre civile dans leur pays, 40 % ont choisi l'exil en Turquie voisine. Leurs conditions de vie y sont le plus souvent dramatiques. La solidarité islamique ne semble guère jouer...

Erdogan, président ou sultan ?
Erdogan, président ou sultan ? Crédits : Erdogan - Radio France

Depuis les élections de juin, on recense près de 400 attaques contre les permanences du parti démocratique des peuples (le HDP). Des magasins appartenant à des Kurdes ont également fait l’objet de violences. Mais c’est surtout dans le Sud-est du pays, où les Kurdes sont majoritaires, que la tension est montée. Plusieurs maires élus ont été suspendus et des affrontements armés ont fait 2 000 morts parmi les combattants du PKK et 132 parmi les forces de sécurité turques.

Le leader charismatique du HDP, Selahattin Demirtas, qui avait accusé Erodgan de « fomenter la guerre civile », a été lui-même inculpé « d’insulte au président de la République ». Le ton monte et la tenue même des élections de novembre apparaît problématique dans plusieurs régions du pays.

C’est une mauvaise surprise. A l’initiative d’Erdogan lui-même, les relations entre le pouvoir et l’importante minorité kurde de Turquie avaient connu un apaisement, ces dernières années. Et cette politique s’était révélée payante pour l’AKP, qui en avait bénéficié sur le plan électoral. Mais le double-jeu d’Erdogan vis-à-vis de Daech en Syrie voisine a braqué les Kurdes de Turquie.

Le siège de Kobani , et sa prise par les djihadistes de l’Etat islamique, a eu lieu sous les yeux des Kurdes, empêchés de venir prêter main-forte à leurs compatriotes. Ceux-ci en ont ressenti une grande amertume, alors même qu’ils voyaient le pouvoir turc ouvrir sa frontière aux djihadistes venus d’Europe pour rejoindre l’Etat islamique. Car son ennemi principal est Bachar el-Assad.

Ankara redoute la formation d’un Kurdistan indépendant , en Syrie comme en Irak et fait pression sur ses alliés américains afin qu’eux-mêmes se gardent de reconnaître l’indépendance d’un Kurdistan autonome. Mais en réprimant les Kurdes, qui combattent avec détermination l’Etat islamique, la Turquie n’est-elle pas devenue l’allié objectif des islamistes sunnites ?

Erdogan, qui se présente aujourd’hui comme le « défenseur de l’unité nationale menacée », afin de rallier à son parti l’électorat nationaliste, a-t-il misé sciemment sur la stratégie de la tension , au risque de plonger son pays dans la guerre civile ? La Turquie risque-t-elle d’être entraînée à son tour dans le cyclone qui s’est abattu sur la région, depuis la Syrie jusqu’au Yémen ? Parmi les migrants qui quittent la Turquie en direction de l’Europe, il y a aussi des Turcs, fuyant un pays qui s’enfonce. Les discussions d’adhésion sont au point mort. Où va la Turquie ?

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