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La version sociale-démocrate

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D’abord, merci. Merci à vous Pierre Larrouturou. Marc Voinchet me reproche tous les matins de lui gâcher le plaisir du café par mon pessimisme invétéré, de provoquer des catastrophes en Bourse à coups de prophéties auto-réalisatrices, d’inciter les auditeurs au suicide, quand il se donne tant de mal, lui, pour les mener doucement vers le réveil. Mais à côté de ce que vous nous annoncez, hé bien, je vais désormais passer pour un joyeux drille…

Vous nous expliquez, en effet, d’emblée que la crise s’éternise, alors qu’on a utilisé contre elle, toutes les méthodes, des plus classiques aux plus hétérodoxes. Vous ne croyez pas du tout aux bons apôtres qui répètent que le pire est derrière nous et qu’on voit le bout du tunnel. Et, à cette impasse, vous voyez une issue désastreuse : la guerre . Vous avez déjà repéré l’Alsace-Lorraine pour laquelle s’engagera la prochaine : Taïwan, que les Etats-Unis ne peuvent pas lâcher sans perdre toute crédibilité aux yeux de leurs alliés, mais que la Chine considère comme une partie de son territoire national et qu’elle finira par conquérir par la force, si on lui résiste.

La thèse que vous exposez est celle des théoriciens sociaux-démocrates. Elle est facile à résumer. Je vais tenter de le faire. Tout allait bien dans le monde de l’économie, des années 50 aux années 70 . Les salaires augmentaient rapidement, du coup l’Etat-providence pouvait se montrer de plus en plus généreux parce que le montant des prélèvements pouvait croître sans amputer le pouvoir d’achat. Le capitalisme était bien régulé.

C’est en 1981 que tout a déraillé, lorsque le diable néo-libéral est sorti de sa boîte, avec Reagan et Thatcher. Ils ont baissé les impôts sur les riches. Cette baisse des recettes fiscales a provoqué des déficits publics. Le pouvoir de négociation des salariés a été entamé par une attaque en règle contre les syndicats, conséquence : la part des profits dans la valeur ajoutée a augmenté au détriment de celle des salaires. Pour compenser la baisse de leurs revenus, les classes moyennes ont continué à consommer à crédit . Le déficit des ménages s’est ajouté à celui des Etats pour nous entraîner dans la plus grave crise financière depuis celle des 1929. La machine à consommer s’enrayant, la croissance faiblit, ce qui provoque la montée du chômage. La pression de l’armée de réserve des chômeurs fausse le rapport entre employés et employeurs ces derniers peuvent écraser les salaires, puisque des millions de chômeurs attendent de prendre la place des partants. Cercle vicieux.

Quelle différence avec les thèses de la gauche radicale ? Très profonde. Pour vous, les sociaux-démocrates, la solution ne passe pas par encore plus de dépense publique et de dettes . Et vous illustrez ce refus par le mauvais exemple donné par le Japon, où vingt années de dépenses publiques ont généré une dette extravagante, sans permettre le retour de la croissance. Mais elle ne passe pas non plus par l’austérité , infligée à la Grande-Bretagne, à l’Espagne et à la Grèce. Vous mettez en garde contre la tentation du repli sur soi, sur le protectionnisme vous appelez, au contraire, à un « sursaut de coopération internationale » : taxation des émissions de gaz à effet de serre, impôt européen sur les dividendes, taxe Tobin sur les transactions financières, nouveau « sommet de Philadelphie » pour imposer aux pays émergents, qui nous concurrencent, le respect de nos propres normes sociales et environnementales. Et, bien sûr, réduire encore le temps de travail, car vous tenez à votre idée.

Et c’est en cela que vous faites preuve d’un bel optimisme. Car vos idées ne sont pas majoritaires parmi les gouvernements du monde. Ni même en Europe. En outre, il existe sur la crise d’autres récits, qui mettent l’accent sur nos propres insuffisances et sur celles de l’Europe du sud, profitant des taux avantageux de la monnaie unique pour financer à crédit une croissance illusoire.

Quant à votre idée fixe, la réduction du temps de travail, vous aurez bien du mal à convaincre de son bien-fondé nos partenaires européens. Les salariés allemands travaillent 200 heures de plus par an que leurs collègues français et leur pays souffre d’un chômage moitié moindre du nôtre (5,4 % contre 10,8). Le passage aux 35 heures, spécificité française, n’a en rien contribué au retour au plein emploi.

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