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La vocation de terroriste

3 min
À retrouver dans l'émission

On le découvre à vous lire, Marc Trévidic, nos djihadistes posent à la justice bien des problèmes. Depuis les attentats du 11 septembre, plusieurs auteurs libéraux ont mis en garde nos démocraties : au nom de la lutte contre le terrorisme, ne risquons-nous pas de renier certaines de nos propres principes , de mettre en cause certaines de nos libertés fondamentales ?

Et en effet, prenons la question du djihad. Certains musulmans nous assurent que ce mot a un sens spirituel. Ainsi, le « Jihād du cœu r » est la lutte de l'individu contre ses désirs, ses passions, ses idées fausses et ses compréhensions erronées. Mais nul n’ignore qu’en tant que slogan, entre les mains de groupes violents, qui confondent religion et violence politique, il s’agit du « djihad de l’épée », lequel est invoqué pour contraindre les mauvais musulmans à s’aligner, et combattre les mécréants qui refusent de se soumettre à l’islam.

De même, faire sa hijra , parce qu’on ne supporte plus de vivre en Occident, que l’on considère comme« un territoire de guerre », dans la mesure où « les gouvernants n’y appliquent pas les lois et ne gèrent pas les affaires des justiciables selon les dispositions de l’Islam » ne signifie pas nécessairement revendiquer le jihad ni partir pour un camp d’entraînement d’Al-Qaïda. Mais choisir, sous prétexte de pratiquer idéalement sa religion, le Pakistan, non loin de la frontière afghane, rend suspect celui qui décide, finalement, de rentrer en France. Car il a de fortes chances d’être un agent dormant formé à la pratique de la taqiyya , cet art islamiste de la dissimulation. De même ceux, qui, dans les années récentes, sont partis en Irak, combattre les Américains. Ou encore ceux qui ont combattu dans les milices islamistes de Bosnie.

« Aujourd’hui, écrivez-vous, même sans guerre en Irak, tout Français ou résident français qui veut partir faire le Jihad est un terroriste. C’est toute l’ambiguïté. Bien souvent, les personnes qui veulent partir faire le Jihad ne sont pas encore des terroristes, mais risquent fort de le devenir si on les laisse faire. Ils sont en quelque sorte des terroristes en puissance. » (125)

Mais depuis quand la loi punit-elle des criminels qui ne sont pas passés à l’acte ?

Hé bien depuis la Loi Sarkozy de 2006, dont les dispositions essentielles ont été prorogées par une Loi du 21 décembre dernier, présentée par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. L’article 2 autorise l’Etat français – je cite – « à poursuivre plus efficacement les personnes ayant participé à des camps d’entraînement terroriste à l’étranger, alors même qu’elles n’auront pas commis d’acte répréhensible sur le territoire français. » La même loi de 2006 avait créé un délit de « provocation au terrorisme » qui permet de retirer de la circulation ces émirs qui recrutent des jeunes pour ces mêmes camps d’entraînement, en leur bourrant la cervelle d’idéologie religieuse. Et Manuel Valls a justifié, devant l’Assemblée nationale, la « détection des parcours, individuels ou collectifs de radicalisation et de basculement vers la violence terroriste », au nom de laquelle l’Etat se réserve le droit d’espionner les communications des gamins désœuvrés qui rivalisent de violence verbale sur les sites islamistes.

Bien sûr, il faut défendre notre population contre les Mohamed Merah, qui nous font la guerr e, tuant nos enfants et nos soldats. Mais la radicalisation idéologique et même le passage par un camp d’entraînement ne débouche pas inéluctablement sur le passage à l’acte. N’y a-t-il pas un risque de basculer vers le délit d’opinion ? De sanctionner des intentions ? Depuis quand emprisonne-t-on les gens qui rêvent de tuer l’amant de leur femme ou leur chef de bureau, sous prétexte qu’ils viennent de s’inscrire à un club de tir ?

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