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La vraie gauche-de-gauche, combien de divisions ?

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« En voulant faire vivre un front républicain contre le FN, le PS se place dans une situation d’asymétrie stratégique fort désavantageuse par rapport à la droite », écrit sur le site Telos, le politologue Gérard Grunberg. Explication : le PS s’engage à appeler ses électeurs à voter pour la droite en cas de duel UMP/FN ou de triangulaire là où le FN risque de l’emporter, mais l’UMP refuse toute réciprocité. En outre, il est plus que probable qu’en cas de duel UMP/PS, la majorité des électeurs du Front national choisiront de se reporter sur le candidat de l’UMP. Ce parti est donc gagnant à tous les coups . Qui plus est la droite a eu la sagesse de se présenter unie devant les électeurs, faisant taire le temps d’une campagne électorale une bataille des chefs qui dissimule une hésitation tant sur le programme que sur la stratégie.

Pourtant, la majorité des commentateurs estiment que Manuel Valls a bien fait de prendre la direction des opérations en ciblant de manière prioritaire le Front national. Certes, il a ainsi « nationalisé » des élections départementales ce qui a pu faire oublier, ici ou là, les mérites de telle ou telle gestion locale au profit du bilan de son propre gouvernement. Mais c’est probablement cette politisation du scrutin qui, en ramenant vers les urnes nombre de déçus du socialisme, explique la remontée du taux de participation : 50 % dimanche dernier, contre 55,7 % aux précédentes cantonales, en 2011.

« Comme on avait annoncé une déroute, la défaite est déjà une victoire », ironisait un dirigeant socialiste dans Les Echos d’hier. Avec près de 22 % des voix, le PS peut se réjouir d’avoir enrayé la spirale du déclin, puisqu’il remonte sensiblement par rapport à son score des européennes, qui l’avait vu plonger à 14 %. En outre, il a repris le contrôle des forces de gauche, même si celles-ci sont dispersées. Le même Gérard Grunberg relève primo que le Front de Gauche, même là où il a bénéficié d’une alliance avec les écologistes, n’est pas parvenu à déstabiliser le PS secundo, que la défaite socialiste dans le Nord démontrera aux militants de ce parti que les positions critiques envers le gouvernement ne se révèlent pas forcément payantes. « Il n’y a pas d’émergence d’un Syriza à la française, loin s’en faut », dit-il.

Pourtant, sur les résultats réellement obtenus par la gauche critique – Front de gauche, Europe Ecologie Les Verts et Parti communiste, il demeure une zone d’ombre. Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur, le Front de Gauche serait crédité de 6,5 % des voix et EELV de 1,9 % - résultats très médiocres. Mais ces deux partis contestent ces résultats, et prétendent que les résultats ont été manipulés, leurs listes d’union, comptabilisées en « divers gauche », voire ajoutées à celles du PS. Selon les dirigeants du Front de gauche, le score de ce parti ne serait donc pas de 6,5 % mais de 9,4 % - ce qui n’est pas la même chose.

Ou bien, en effet, la gauche radicale et critique est marginalisée et le candidat du Parti socialiste aux élections présidentielles peut prendre le risque de ne pas négocier d’accord avec elle pour les présidentielles. Ou bien, elle représente en effet 10 % de l’électorat et la laisser présenter un candidat au premier tour, c’est se condamner à assister à un duel UMP-UDI contre FN au second tour. A combien estimez-vous aujourd’hui le pourcentage de la « vraie gauche de gauche » dans notre pays ? Et pourquoi, d’après vous, le mécontentement populaire profite-t-il, chez nous, à la droite populiste plutôt qu’à l’extrême gauche, comme dans certains pays d’Europe du Sud ?

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