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L'abandon des chrétiens d'Orient

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Sébastien de Courtois, dans un livre récent, Le nouveau défi des chrétiens d’Orient, parle de vous, Paolo d’all Oglio. Il évoque votre « vision renouvelée » de l’islam et se déclare votre ami. Il dit admirer votre appel à un « dialogue serein » entre chrétiens et musulmans, vous qui vous déclarez « amoureux de l’islam, croyant en Jésus ». Mais il pose aussitôt la question de l’asymétrie de la tolérance. Je cite Sébastien de Courtois : « L’inverse serait-il possible, un musulman écrivant : amoureux du christianisme, croyant en Muhammad ? Cet auteur risquerait sa vie », poursuit-il.

En ce moment, ce sont les communautés, déjà étiques, des chrétiens d’Orient qui risquent leur survie. Les printemps arabes ne débouchent pas sur l’idéal de pluralisme et de tolérance, qui avait souvent animé leurs initiateurs, mais sur la reprise en main par des islamistes autoritaires, patriarcaux, intolérants, inquisiteurs, qui rêvent de ramener leurs pays treize siècles en arrière et supportent de plus en plus mal la présence des minorités chrétiennes. Plus de la moitié des chrétiens d’Irak (ils étaient plus d’un million dans ce pays) ont fui les persécutions dont ils ont été victimes, depuis la chute du dictateur Saddam Hussein. Certains d’entre eux avaient trouvé refuge en Syrie. On peut s’inquiéter du sort qui les attend dans ce pays, quelle que soit l’issue de la guerre civile qui s’y éternise.

Car si le régime politique syrien, baasiste, est de nature dictatoriale, la société syrienne était, avant la guerre, l’une des plus ouvertes du Moyen Orient. Les chrétiens pouvaient se féliciter que les Frères musulmans n’aient pas obtenu que l’islam soit décrétée religion d’Etat par la première Constitution, en 1950. Le régime issu du coup d’Etat d’Hafez el-Assad, en 1973, avait même supprimé l’obligation, pour le président, d’être un musulman. Traditionnellement, le gouvernement syrien concédait, d’ailleurs, deux ou trois portefeuilles techniques à des personnalités chrétiennes, en gage d’ouverture. Reste que les minorités chrétiennes savaient où penchaient les sympathies du régime : sa politique libanaise a été systématiquement défavorable aux chrétiens dans ce pays.

Les Syriens de confession chrétienne, se retrouvent, comme l’écrit René Guitton, dans Ces chrétiens qu’on assassine, « placés entre le marteau et l’enclume ». « Un soutien trop affiché au régime ne pouvait qu’aggraver leurs relations avec la majorité sunnite, un triomphe de celle-ci risquait de se traduire par une remise en question de la liberté de culte et de leurs droits fondamentaux. » (p. 168) Ils en firent l’expérience précoce lors de l’écrasement, par Hafez el-Assad, du fief sunnite de Hama, en 1982, à coup de canons et de bombardiers. Pour avoir voulu manifester leur solidarité avec cette majorité musulmane, leurs églises furent rasées.

Les chrétiens sont près d’un million en Syrie, soit près de 6% de la population . Après avoir déserté les campagnes, ils ont progressivement quitté aussi leur place forte d’Alep, se réfugiant à Damas, ou, quittant définitivement le pays, pour s’installer en Amérique du Nord, ou en Europe. On ne les entend guère : ils ne veulent surtout pas d’une solidarité trop visible des chrétiens d’Europe – elle contribuerait à les stigmatiser comme des ennemis de l’intérieur et aggraverait les persécutions qu’ils subissent déjà. D’ailleurs, ils ne se font guère d’illusions. Les puissances occidentales misent sur les islamistes, réputés conservateurs en politique et libéraux en économie , pour remplacer les despotes, leurs anciens alliés. Sacrifier les chrétiens ne leur pose pas de problèmes moraux.

Quant à nos intellectuels ordinairement prompts à se porter au secours des minorités persécutées, dans ce cas précis, ils se taisent, gênés . Ceux qui osent dire certaines vérités, comme votre confrère, le jésuite égyptien, Samir Khalil Samir, ne sont guère entendus des médias. Est-ce parce que nous autres, Européens, avons tendance à négliger le facteur religieux – qui ne joue, dans notre propre culture, qu’un rôle marginal, alors qu’en Orient, où j’ai vécu, jeune homme, à Beyrouth, il est fondamental.

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