LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

L'abdication : une épidémie

4 min
À retrouver dans l'émission

Signe des temps, la mode de l’abdication se répand chez les rois et les reines , après avoir gagné jusqu’au pape. Stéphane Bern vous le dira : ces derniers temps, on a vu la reine Beatrix renoncer au trône des Pays-Bas en faveur de son fils, Willem-Alexandre le roi des Belges, Albert, se retirer au profit de son aîné, Philippe. C’est au tour de Juan Carlos d’Espagne de prendre une royale retraite, en laissant la maison à son fils Felipe, un géant marié à une journaliste de télévision. Encore un signe des temps.

Lorsqu’ils détenaient de réels pouvoirs, rois et empereurs ne se retiraient que lorsqu’ils avaient perdu une guerre, ou bien sous la pression d’une révolution victorieuse . Rien de tel dans les cas qui nous occupent. Nous avons à faire à des pays tranquilles et en paix avec leurs voisins. Et les révélations récentes concernant la fortune, héritée de son père, démontrent que ce n’est pas poussé par les soucis d’argent que Juan Carlos se retire. Contrairement à Charles Quint, roi d’Argon et de Castille, entre autres choses. Remarquez que Juan Carlos était pourtant l’une des rares personnalités dont Jean-François Copé n’a jamais demandé la démission, lorsqu’il était président de l’UMP.

Le roi abdique, vive le roi ! Ca ne changera rien à l’état du monde, me direz-vous. Les seuls à pouvoir éprouver quelque soulagement sont les éléphants du Botswana.

A quoi servent les dynasties européennes ? Dans une large mesure, elles contribuent à la survie de la presse people. On peut y vérifier que leurs adultères sont aussi pitoyables que celles des stars d’Hollywood. Tout juste peut-on considérer qu’il est malséant pour le capitaine-général des armées espagnoles, de passer des troupes en revue en compagnie d’une madame zu Sayn-Wittgenstein. Mais enfin, l’Espagne n’est pas en guerre avec l’Allemagne et la tentation d’impressionner sa maîtresse en faisant montre d’autorité sur d’autres hommes est une faiblesse bien répandue.

Pourtant, les rois et reines, s’ils ont perdu tout pouvoir de gouvernement, ce qui est une bonne chose, conservent la vertu d’incarner l’unité de leur nation . Ils en sont le symbole, l'incarnation. C’est particulièrement utile, lorsque celle-ci est menacée d’invasion ou de division, comme l’avait compris de Gaulle, qui nous a légué cette espèce de monarque républicain - dont le charisme monarchique n’a cessé de dissiper, de président en président. Voyez où nous en sommes.... Dans le cas de la Belgique, nation menacée elle aussi d’écartèlement, ce fragile symbole apparaît comme l’ultime institution commune aux Flamands et aux Wallons. Peut-être le roi Felipe permettra-t-il à une Espagne menacée d’éclatement, par le nationalisme catalan, de maintenir, là aussi, un semblant d’unité. Son père s’y employait depuis quelques temps déjà, négociant sur place une autonomie accrue, en échange de la renonciation à l’indépendance.

Restera, en tous cas, dans nos mémoires, l’image de ce jeune roi en uniforme qui somme, sur les écrans de télévision, un quarteron d’officiers nostalgiques du franquisme de regagner immédiatement leurs casernes . Ce roi-là, don Juan Carlos, a joué un rôle éminent dans la transition démocratique de son pays et dans son admission dans l’Union européenne.

Mais reconnaissons que la transition monarchique n’est pas ce qui apparaît le plus essentiel dans la vie politique espagnole. Autrement plus importante, apparaît la percée du tout nouveau parti de gauche radicale, Podemos , qui emporte 5 sièges au Parlement européen, avec 8 % des voix. Il démontre que le mouvement des Indignados, qui semblait avoir disparu comme il était apparu, a laissé des traces dans la vie politique du pays. Comme en Grèce, où Syriza, avec 27 %, enterre le vieux PASOK, c’est la gauche populiste qui, en Espagne bénéficie de la lassitude envers l’Union européenne, et non la droite populiste, comme dans les cas français, britannique et danois. Gauche radicale et droite radicale condamnent ce qu’elles appellent les « politiques d’austérité ». Mais seule la seconde réclame en outre une sévère politique de l’immigration. Que représente ce nouveau type de parti politique ?

Aux dernières élections européennes, les deux partis de gouvernement, PP (centre-droit) et PSOE (centre gauche) ont totalisé à peine 50 % des suffrages – contre 81 % il y a cinq ans. Y a-t-il, comme en France, une crise du système partisan ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......