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Laïcisme versus laïcité ouverte

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Le fait que François Hollande, au cours de sa campagne électorale, ait proposé de « constitutionnaliser » la laïcité , a surpris.

Après tout, firent alors remarquer ses adversaires, l’article 2 de notre actuelle Constitution ne stipule-t-il pas que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».. La Constitution de 1946 ne fait-elle pas explicitement référence à la laïcité dans son fameux préambule, qui conserve toute sa validité jusqu’à nos jours ? Enfin disent-ils, la justice dispose de la fameuse loi de séparation du 9 décembre 1905 , qui a réglé une fois pour toutes les relations entre l’Etat et les cultes religieux. Ceux-ci se voient reconnu le libre exercice de leur culte, leurs fidèles, la liberté de conscience mais l’Etat, de son côté, ne reconnaît ni ne salarie aucun d’entre eux. Il ne se mêle pas de leurs affaires elles doivent s’abstenir d’intervenir dans les siennes. A quoi bon, dès lors, rajouter une définition de la laïcité dans la Constitution ?

Si tout était aussi simple, il n’y aurait pas eu besoin d’ajouter à cet ordre juridique bien d’autres lois et toute une jurisprudence… Citons la loi du 13 avril 1908 , qui charge l’Etat et les collectivités d’assurer l’entretien des lieux de culte, dont ils sont devenus propriétaires et pour les dernières en date, celle de mars 2004 , interdisant à l’école le port de signes religieux ostentatoires – que le Conseil d’Etat avait déclaré devoir être tolérés en novembre de l’année précédente, et la loi du 11 octobre 2010 , interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Contrairement à ce qu’on entend souvent, la loi de 1905 n’a donc pas réglé une fois pour toutes la question des rapports entre l’Etat républicain et les religions pratiquées sur le territoire de la République. De nombreuses questions demeurent en suspens.

Par exemple : A partir de quel seuil d’expression publique, le droit à la diversité menace-t-il la coexistence pacifique entre les cultes, le droit des non-croyants à bénéficier d’un espace public neutre ? Les finances publiques, alimentées par les impôts des croyants et des non-croyants doivent-elles contribuer à la construction de lieux de culte ? Sachant qu’il est interdit aux fonctionnaires de manifester leurs croyances religieuses, de même que leurs opinions politiques dans le cadre du service rendu aux administrés, cette règle s’applique-t-elle aux non-fonctionnaires exécutant une mission de service public ? Peut-on tolérer qu’une communauté religieuse interdise à ses adeptes de changer de religion ? Faut-il punir pénalement le blasphème au nom du « respect dû aux religions » ?

Face à toutes ces questions, on constate l’existence de deux conceptions assez divergentes de la laïcité :

  • D’un côté, un laïcisme de combat , qui entend bien cantonner l’exercice de la pratique religieuse à la sphère privée et lui soustraire l’espace public, dans sa totalité. « Croire en Dieu doit rester une affaire intime, une pratique intériorisée. L'excès d'extériorisation du religieux, les rituels qui devienennent sacro-saints, le renfermement sur sa communauté à l'exclusion des autres groupes, est profondément contraire à mon universalisme », dit, par exemple, Elisabeth Badinter , représentante de ce courant, issu du radicalisme républicain, et revendiquant l’héritage intellectuel des Lumières française, qui s’inquiète des tendances à l’éclatement de la communauté nationale, sous l’effet des revendications communautaires.

  • De l’autre, les partisans d’une laïcité « à adjectif » , comme dit Gérard Larcher : « ouverte », « positive », « renouvelée, » etc., qui entend donner un contenu positif à la liberté religieuse. Faire évoluer le rôle de la puissance publique de l’abstention pure et simple à l’action positive pour l’exercice de la liberté religieuse . Les partisans de cette ouverture sont souvent mus par un gallicanisme plus ou moins avoué. En échange « d’accommodements raisonnables », qu’ils sont prêts à tolérer aux communautés religieuses, ils exigent que l’Etat puisse contrôler, recruter et former les responsables, afin d’empêcher les dérives sectaires et extrémistes qui menacent la sécurité publique.

On le voit : la loi de 1905 n’a pas réponse à tout.

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