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L'alternative au Baas n'est pas le chaos

4 min
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Le régime baasiste ayant superbement ignoré le plan Kofi Annan, les dernières chances de solution pacifique sont en train d’être gaspillées en Syrie. L’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe avait pourtant offert une porte de sortie honorable au régime en lui donnant jusqu’à mardi dernier pour retirer ses chars des villes révoltées. Sur cette base, Kofi Annan se faisait fort d’obtenir une trêve permettant aux deux parties d’entamer des négociations. Mais le clan Hassad, persuadé qu’il peut encore vaincre, nargue la communauté internationale, fort du soutien de l’Iran et de la Russie. La seule issue à l’épreuve de force serait-elle la guerre civile ?

Le pouvoir syrien semble décidé à infliger à la ville de Homs une punition d’une sévérité telle qu’elle dissuaderait les autres villes syriennes soulevées de poursuivre leur mouvement. Sans doute s’agit-il, pour Bashar d’imiter la manière dont son père, Hafez al-Assad, a « puni » Hama , révoltée sous l’instigation des Frères Musulmans, en février 1982, laissant sous les ruines de la ville, les corps sans vie de 20 000 habitants.

Mais la situation, à Homs, Idlib, Deraa, aujourd’hui, est très différente de celle de Hama il y a 30 ans. D’abord parce que la Confrérie, les Frères Musulmans, est dispersée à travers le monde et divisée selon les clivages régionaux de leurs lieux d’exil. Elle est d’ailleurs discrédité en raison de la trêve qu’elle avait conclue avec le régime lors de l’opération israélienne à Gaza, en 2008 et qui aura duré jusqu’en mars de l’an dernier. Leurs principaux rivaux islamistes, c’est le Mouvement Justice et Construction , créé à Londres en 2006, qui s’inspire très ouvertement du modèle « islamiste-démocrate » modéré de l’AKP turque.

Mais le régime joue sur la peur qu’inspirent quelques prédicateurs excités, réfugiés dans le Golfe, comme le cheikh salafiste Adnan al-Arour qui demande une intervention militaire turque dans son pays et promet de sanglantes représailles aux alaouites qui ne désolidariseraient pas ouvertement du clan au pouvoir. Le clan Hassad cherche, en effet, à apparaître comme le garant de l’équilibre confessionnel et le protecteur des minorités contre le « revanchisme sunnite ».

Le régime cherche aussi le soutien des classes moyennes enrichies par la récente libéralisation de l’économie. Et c’est vrai que le centre de Damas ou d’Alep sont calmes. Mais cet attentisme ne signifie pas un soutien au régime.

Bashar al-Assad cherche à aussi à dissuader les Occidentaux de soutenir l’insurrection en agitant le risque d’un scénario à l’égyptienne – la prise du pouvoir par les Frères musulmans ce qui est hautement improbable, ou à la libyenne - celui d’une guerre civile, débouchant sur le chaos et un « Etat en déliquescence » (failed State), où prospéreraient les trafics d’armes et de drogues.

Mais, face à des combats qui opposent des populations désarmées à une armée professionnelle équipée de chars et de canons, la communauté internationale ne saurait se contenter de compter passivement les morts, sous prétexte d’éviter l’ingérence. Il existe aussi une « responsabilité de protéger », dont le principe a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2005 et qui ne saurait rester lettre morte. Washington écarte toute intervention militaire directe. Les Américains préfèreraient qu’une force multinationale de stabilisation, essentiellement turque et financée par les monarchies du Golfe, soit déployée afin de protéger les populations civiles.

En attendant, la seule option ouverte aux Occidentaux, c’est de permettre aux insurgés de se défendre, en leur fournissant des armes . Et d’aider le Conseil national syrien à dégager une alternative crédible au pouvoir du clan Assad et apporte aux attentistes la démonstration que l’alternative n’est pas la dictature sanguinaire ou le chaos.

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