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Lasagnegate, suite.

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Il y a quelques années déjà, la Commission européenne a financé une étude importante, menée conjointement dans six pays européens sur – je cite – « les conditions sociales et institutionnelles de la production de la confiance dans les aliments » (oui, parce que la confiance, elle aussi, est affaire de « production »…).

Il en ressortait que le creusement permanent des distances entre le producteur et le consommateur, la multiplication entre eux des intermédiaires, commençaient à poser un sérieux problème de traçabilité . L’étude planchait notamment sur les conséquences de l’épidémie de « vache folle », qui avait fait s’effondrer la consommation de viande bovine dans toute l’Europe. Dès cette époque, cette étude dont les résultats sont parus sous le titre « Trust in Food » témoignait de la montée de la méfiance des consommateurs européens envers les viandes qu’on leur vend, et tout particulièrement lorsqu’elles sont transformées par l’industrie alimentaire à des fins de mise en conserves.

Il est assez probable que ce qui est en train de se passer autour du « lasagnegate » ne va pas arranger les choses de ce côté-là. Car enfin, s’il ne s’agissait que de l’achat, par l’importateur français Spanghero, de 42 tonnes de viandes de cheval, achetées à une société néerlandaise, Draap Trading, qui se les serait procurée en Roumanie, et les aurait revendues à la société française de surgelés Comigel, laquelle les a fournis au géant alimentaire Findus, ce ne serait pas trop grave – sauf pour Findus .

L’entreprise risque, en effet, de voir l’image de sa marque dévastée par l’affaire, alors qu’elle n’y est pour rien. Après tout, il y a trente ou quarante ans, la viande de cheval, réputée riche en fer, était recommandée pour l’alimentation des enfants anémiés .

Il n’y a que les Anglais , fous des chevaux au point d’avoir un temps modelé la carrosserie de leurs superbes automobiles – Jaguar, Triumph – sur la musculation du meilleur ami de l’homme, pour avoir fait de la consommation de sa viande un tabou culturel . A l’usage des touristes se rendant à Londres, je signale l’existence, à Park Lane, d’un superbe monument célébrant la bravoure animale durant les guerres, intitulé «Animals in War Memorial », à la mémoire des millions de chevaux, d’ânes et de chiens, tombés en victimes collatérales de la folie des hommes… qui témoigne de la sensibilité particulière de ce peuple envers la condition animale.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une affaire de lasagnes, dont la viande de bœuf aurait été remplacée par une viande de cheval, moins chère. Le scandale alimentaire menace de se transformer en crise sanitaire.

La presse étrangère – le quotidien suisse Le Temps, par exemple, insiste sur le fait qu’un anti-inflammatoire, nocif pour l’homme, le phénylbutazone, a été découvert dans des carcasses de cheval , envoyés par des abattoirs britanniques en France. On y lit aussi que le directeur de la société chypriote Draap, Jan Fasen, a été condamné à un an de prison, en janvier de l’an dernier, pour avoir fait passer pour du bœuf hallal, de la viande de cheval importée d’Amérique latine.

Le journaliste Fabrice Nicolino , qui avait signé il y a quelques temps un pamphlet contre l’industrie de la viande, « Bidoche », dénonce la gestion de cette crise par les pouvoirs publics. On jette en pâture Spanghero à l’opinion publique, estime-t-il sur Rue 89, pour mieux dissimuler le vrai scandale : « un système verrouillé de cogestion » de la filière par le ministère de l’Agriculture, la FNSEA et les industriels de l’agro-alimentaire. Et de rappeler que ce fameux « minerai de viande », où sont broyés pêle-mêle les morceaux les moins appétissants des animaux, « avant, on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat ». Aujourd’hui, il se retrouve dans nos plats cuisinés.

Selon Nicolino, le prochain scandale s’appelle staphylocoque doré résistant à la méticiline (SARM) . C’est une bactérie mutante qui se retrouve dans nombre d’élevages porcins et qui aurait tué plusieurs dizaines de milliers de personnes aux Etats-Unis. « Une bombe sanitaire autrement angoissante que la viande de cheval roumaine »…

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