LE DIRECT

Laurent Wauquiez pour une Europe des cercles concentriques

5 min
À retrouver dans l'émission

On peut être en partie d’accord avec les constats que vous faites, dans votre livre, Europe : il faut tout changer, concernant le mauvais fonctionnement actuel de l’Union européenne, sans être convaincu avec les propositions que vous avancez pour en sortir.

Sur les dysfonctionnements, je vous trouve assez convaincant, parce qu’en homme d’expérience, vous tapez là où ça fait le plus mal.

Oui, l’Union européenne est follement bureaucratique . Presque autant que l’Etat français, se plaignent souvent les Britanniques… Vous avez sans doute raison : c’est parce qu’elle s’avère incapable d’imaginer de nouveaux grands projets que la Commission est devenue une machine folle à fabriquer de la norme. Et qui dit normativité débridée dit dépolitisation . Mais on pourrait vous opposer que l’effet de cette prolifération réglementaire, c’est que le consommateur européen est mieux protégé que son équivalent américain, sans même parler des Chinois ou des Indien…

Oui, l’Europe qui avait su investir, dès les années 70 et 80 dans les industries d’aujourd’hui, comme l’aéronautique et le spatial, a complètement loupé la révolution numérique et les activités fortement créatrices de valeur ajoutée qui font, aujourd’hui, la fortune des Etats-Unis. Mais est-ce vraiment en finançant, avec de l’argent public, les « champions nationaux », dont vous rêvez à l’échelle européenne, que les Américains ont créé les Google, Apple, Amazon et Facebook ? Que non pas ! Ces activités ne se développent pas sur le modèle des industries d’autrefois.

Oui, l’Europe de l’énergie est un échec politiqu e, parce que chaque Etat membre joue sa carte personnelle. Et parce que la mise en concurrence, à quoi se résume la politique de la Commission est probablement contre-productive.

Oui, la politique migratoire de l’Union est démente , puisque chaque Etat membre a ses propres critères d’attribution des visas de séjour, mais qu’une fois ceux-ci obtenus, la liberté de circulation est, de fait, quasi-totale. Ainsi se développe une course au mieux-disant social en vertu de laquelle les immigrés illégaux accostant en Italie sont parfois dirigés, par les dirigeants de ce pays, vers la France, munis d’un billet de train, au motif que les prestations, chez nous, sont plus généreuses…

Oui, encore, la politique étrangère et de sécurité commune est inexistante. Et Catherine Ashton a été choisie pour occuper ce poste, au sein de la Commission, en raison de son incompétence. Confidence de votre collègue britannique : « Laurent, dis-toi bien qu’elle est déjà beaucoup trop compétente pour ce qu’on attend d’elle »… L’échec dépasse toutes nos espérances. Et face à la détermination de Poutine, nous passons, aux yeux du monde, pour des ballots.

On peut éventuellement vous suivre dans votre analyse des causes de cette impuissance. Vous avez l’expérience de ces séances bruxelloises où chacun vient parler à son tour, mais où les choses sérieuses se décident en tête-à-tête, entre Allemands et Français. Le processus de décision communautaire est si complexe qu’il peut prendre des années – dans un monde où tout va désormais très vite. Oui, encore, l’UE s’impose toute sorte de politiques vertueuses, en matière d’environnement, qui plombent nos exportations parce que nous sommes bien seuls à les pratiquer.

Oui encore sur le constat que vous faites sur le sauvetage de l’euro. Je partage votre avis et je l’ai déjà dit ici : la monnaie unique ne disposait pas des institutions nécessaires à la défendre en cas d’attaque spéculative. Cette défense a été assurée dans l’improvisation, mais avec talent, par une BCE qui a su prendre bien des libertés avec les traités. A présent, il faut consolider et institutionnaliser ce qui a été fait dans le feu de la crise. Mais c’est sur les solutions que vous préconisez qu’on a le plus de mal à vous suivre. Considérant que l’élargissement a été trop rapide, vous proposez d’en revenir à une Europe des Six. Et vous choisissez vos six, de manière à ce que les pays du Sud (Espagne et Italie) puissent assurer à la France une majorité, face à l’Allemagne et aux Pays-Bas. Pourquoi pas le Portugal et la Grèce, tant que vous y êtes ? J’ai peur, voyez-vous, que les Allemands ne soient pas d’accord.

Vous plaidez pour un protectionnisme européen , au motif que la France est passée d’un solde extérieur positif à un déficit important. Mais enfin, l’Eurozone, dans son ensemble, malgré « l’euro fort » est nettement excédentaire. Les Pays-Bas et l’Allemagne, dont vous voulez bien pour partenaires de votre Union à six sont fort bien insérés dans les marchés mondiaux et je les vois mal nous suivre dans la mise en place de barrières douanières.

Enfin, une question politique. Nous sommes à un mois des élections européennes, et j’observe un net décalage entre vos propositions et celles exposées avant-hier dans les colonnes du Figaro par Edouard Balladur . L’ancien premier ministre, loin de vouloir créer un noyau dur à 6, parle plutôt de doter la zone euro à 18 de structures de gouvernance propres. Edouard Balladur veut une politique commune d’immigration. Vous réclamez, vous, le retour à la compétence nationale, en ce domaine. François Fillon, dans Le Point, traite ceux qui prétendent sortir de l’espace Schengen de suppôts de Marine Le Pen c’est pourtant ce que vous faites vous-même dans votre livre. Vous êtes pourtant membres du même parti.

Quel est celui d’entre vous qui est censé exposer les positions de l’UMP ? La fracture entre souverainistes (séguinistes) et européistes (ex-UDF et balladuriens) est-elle toujours aussi vive à l’UMP ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......