LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Le blues des armées

3 min
À retrouver dans l'émission

Il y a un inconvénient à être « la grande muette », c’est qu’on ne vous entend pas. Pas de droit de grèves, ni de manifester pour réclamer « davantage de moyens », interdiction de bloquer les rues ou de participer en uniforme à des plateaux de télé aucun pouvoir d’influence, ni de nuisance . Et pourtant, le malaise des militaires est devenu si profond qu’il commence à devenir perceptible.

Il y eut d’abord l’incroyable affaire Louvois . Louvois, c’est le logiciel destiné à calculer et à payer les soldes de l’armée de terre. Acheté un bon prix à une société privée par le ministère de la Défense, il s’est avéré trop complexe, ou bien on n’a pas su le faire fonctionner. Des dizaines de milliers de personnels, et tout particulièrement des militaires en opération, ont vu leurs soldes versées avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois de retard de très honorables sous-officiers ont été interdits bancaires… Un scandale qui a provoqué l’expression publique des épouses : le groupe « Un paquet de gauloises en colère » a vu le jour sur Facebook. Le ministre a admis que Louvois était « une machine un peu folle » et a débloqué une enveloppe d’urgence de 30 millions d’euros pour éviter la ruine et l’opprobre à ses personnels.

Il y eut l’affaire du « dépyramidage ». J’explique : Nicolas Sarkozy avait prévu la suppression de plusieurs dizaines de milliers de postes à la Défense entre 2009 et 2015 pour cause de rigueur budgétaire. Mais en bonne logique sarkozyste, les personnels devaient bénéficier de ces économies, à travers une accélération des promotions – ce qu’on appelle la « pyramidisation ». Par une annexe à sa Lettre de cadrage budgétaire du 31 juillet dernier, le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, annonce la suppression de 30 % des avancements au choix au cours de cette année 2013. Les promotions sont partiellement bloquées .

De même, le riche patrimoine immobilier de la Défense va être cédé gracieusement à la mairie de Paris pour y créer des logements sociaux.

Il faut ajouter que le ministère de la Défense s’avère être l’un des plus mauvais payeurs de la République, ne réglant ses factures qu’après des délais qui peuvent dépasser une année , menaçant de faillite tout un tissu de PME qui vit de ses commandes.

Car l’essentiel est là : notre outil de Défense est-il adapté à la situation de la France et de l’Europe dans le monde ? Contrairement aux pronostics béats des années 90, nous ne sommes pas sortis de l’histoire. Les crises libyenne, malienne, pour ne citer que les plus récentes, viennent nous rappeler que nous vivons dans un monde dangereux et qui a toute les chances de le devenir davantage. Nos armées sont-elles capables d’y faire face ?

Pour déployer nos troupes au Mali, nous avons dû demander aux Américains de mettre à notre disposition quelques uns de leurs gros porteurs C-17 . Dans un premier temps, ils entendaient nous facturer le service… Une première dans les relations transatlantiques. Nous n’avons pas non plus d’avions ravitailleurs dignes de ce nom. Au Mali, comme en Libye, nous sommes restés également dépendants des moyens américains de renseignement (nos armées ne disposent pas de drones d’observation équivalent au Global Hawk américain).

Barack Obama ne fait pas mystère de sa volonté de faire « pivoter » la diplomatie américaine vers la Chine et l’Asie. Son pays étant sur la voie de l’indépendance énergétique, grâce aux gaz et pétrole de schiste, il sera moins enclin à protéger les gros pétroliers qui transitent par la mer Rouge. Il ne cache pas son exaspération, face à des Européens incapables d’assurer la protection de leurs propres intérêts : non seulement les budgets de la défense des 27 sont beaucoup trop faibles (à peine 1,5 % du PIB, en France), mais ils sont partout amputés, en raison des politiques d’austérité. Et nous ne coopérons pas suffisamment entre nous.

Pendant longtemps, nous avons réduit les « formats » de nos armées, ce qui nous a permis de maintenir le niveau des dépenses par soldat. Mais nous arrivons à la limite de cette logique, comme le montre le rapport annuel European Defense Trends 2012 du CSIS, un think tank américain spécialisé.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......