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Le bon journaliste, un historien du temps présent

3 min
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Triple bonne nouvelle pour France Culture. Le sondage TNS Sofres montre un vif regain d’intérêt pour l’information. La cote des journalistes remonte dans l’opinion. La radio demeure le média le plus crédible. 63 % des sondés jugent que « les choses se sont passées vraiment ou à peu près comme la radio les raconte, contre 27 % qui ne nous font pas confiance pour leur rapporter les faits. Nous avons gagné 5 points en un an. Comment concilier ces bons résultats avec les doutes qui persistent sur notre indépendance ? 53 % des sondés estiment, en effet, que les journalistes « ne sont pas indépendants » face « aux pressions de l’argent » et 58 % « pas indépendants » face aux pressions des partis politiques et du pouvoir ». Comment peut-on accorder une relative confiance en des médiateurs, dont on doute de l’indépendance ?

Je crois qu’il faut comprendre ce soupçon de proximité entre médias et politiques non pas comme procédant d’un rapport de dépendance présumée, mais du constat d’une convergence d’ordre intellectuel. Elle est bien loin de nous, l’époque où le ministre de l’intérieur discutait avec le directeur-général de l’ORTF des sujets à aborder au Journal Télévisé… La hiérarchie des centres d’intérêt, par contre , la pondération des évènements, la manière de considérer est ce qui est important, est largement partagée. Et elles ne sont pas nécessairement celles que ressent le public. Ainsi, s’explique notamment le fait que les sondés de TNS-Sofres jugent excessif le traitement médiatique du livre de confessions politico-érotiques de l’ex-First Girl-friend. Mais il entre une certaine dose d’hypocrisie dans ce jugement, puisque Merci pour ce moment a été un colossal best-seller.

Pourtant, il me semble que la langue politique parlée par les élus et celle des journalistes divergent de plus en plus nettement. Les politiques doivent donner l’illusion que dire c’est faire. Leur rhétorique est performative. Un problème apparaît, on fait voter d’urgence une loi. Et c’est cette prétention à modifier en profondeur le cours des choses, à virer de cap d’un coup de barre, qui a cessé, ces dernières années, d’être crédible.

Si les journalistes ne sont pas entraînés dans ce discrédit, c’est qu’ils se sont adaptés en se faisant les exégètes critiques de ces discours. Dorénavant, ils « décryptent ». Avec une tendance, peut-être exagérée, à vouloir percevoir derrière tout énoncé une stratégie de communication, des effets de sens poursuivis, le fil conducteur d’un story-telling. C’est prêter, sans doute, aux politiques plus d’intelligence qu’ils n’en possèdent. Et le risque de lasser existe.

Car ce n’est pas forcément des sémiologues que recherche aujourd’hui le public, mais plutôt des historiens du temps présent. Le journaliste que personnellement, j’ai envie d’entendre ou de lire, c’est celui qui me dévoile le sens d’un évènement, le sens auquel je n’avais pas songé . En le contextualisant. En le comparant avec des évènements historiques avec lesquel il présente des similitudes. Mais qu’il se garde de prétendre que c’est le sens que privilégieront les historiens dans vingt ou cinquante ans !

« Les faits accomplis se présentent à nous avec une bien autre netteté que les faits en voie d’accomplissement », écrivait Fustel de Coulanges . « Dans cette vision téléologique », commente Henry Rousso, les actions humaines ne prennent leur signification que dans l’après. (…) La pratique des historiens du temps présent relève exactement d’une posture inverse : ils se risquent à jeter un regard flou sur des faits en voie d’accomplissement et une réalité qui continue de vivre dans leur présent. Ils interprètent une histoire inachevée et assument le caractère provisoire de leurs analyses . » (La dernière catastrophe, p. 228)

Le bon journalisme peut-il ambitionner d’être l’historien du temps présent ? Comment se hisser au niveau d’une telle exigence ?

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