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Le Brexit divise les conservateurs

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Quel que soit le résultat du référendum de jeudi, Michael Gove, l'opposant le plus articulé au maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, est amené à jouer un rôle important au sein du Parti conservateur.

La question européenne a réenclenché une guerre civile qui couvait de longue date chez les conservateurs. C’est ce qu’explique Laetitia Strauch-Bonart sur le site Contrepoints.

Laetitia Strauch-Bonart, qui vient de publier un essai remarqué sur le conservatisme, est une excellente observatrice de la vie politique britannique puisque cette politologue française vit sur place, à Londres, comme 300 000 de nos compatriotes expatriés dans cette ville accueillante.

Pour elle, le parti Tory, sachant que les relations avec l’Union européenne est un sujet de division interne, avait mis la question sous le boisseau, afin de gagner les élections de 2010. Engagé alors dans une alliance gouvernementale avec les Libéraux-démocrates, très europhiles, le parti de David Cameron a continué à serrer les rangs. Mais depuis sa réélection sans les Lib-dems, le refoulé européen a fait un retour fracassant.

Au fond, selon Laetitia Strauch-Bonart, les conservateurs britanniques partagent le même refus d’une intégration européenne poussée. L’intégration politique n’est pas à leur goût. Les europhiles le sont parce qu’ils continuent à voir dans l’UE un instrument de prospérité et de sécurité. Pas par idéal européen. Et les eurosceptiques le sont sur la base d’un même pragmatisme : ils ne croient simplement pas que l’UE puisse être ce facteur de prospérité et de sécurité.

« Il est frappant de constater que l’hostilité des conservateurs britanniques à l’égard de l’UE a des causes opposées à celles développées par les eurosceptiques français », observe-t-elle. Du côté britannique, on juge l’Europe insuffisamment libérale, obsédée de régulations, protectionniste. Du côté français, elle est soupçonnée, au contraire, d’être le cheval de Troie de la libéralisation et de la dérégulation du marché du travail. En outre, ajoute-t-elle, les souverainistes britanniques ne le sont nullement au sens français. Ils ne veulent pas renforcer les pouvoirs de leur gouvernement, mais ceux de leur Parlement.

Elle juge que le choix de Boris Johnson de mener la campagne pour le Brexit n’est pas sincère. L’ancien maire de Londres vise seulement à remplacer David Cameron à la tête des conservateurs et du gouvernement. Quant à Cameron lui-même, il s’est mis dans une situation fausse. Au fond, il est eurosceptique. Après le référendum, il faudra compter avec Michael Gove, le ministre de la Justice et l’opposant le plus articulé au maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne.

L’article qu’il a signé dans la revue conservatrice Standpoint de juin est un bon résumé des thèses conduisant au Brexit.

Nous avons réformé le pays en profondeur, supprimant des couches entières de bureaucratie et économisant l’argent public, pour rendre notre économie plus compétitive ; l’UE, elle, n’a fait aucun effort dans cette direction, écrit-il. Malgré ses échecs sur le front de l’emploi, ses dirigeants exigent une intégration toujours plus poussée des politiques et nous avons de moins en moins de moyens de nous y opposer. La Cour de Justice est particulièrement mise en cause, accusée de s’attribuer toujours plus de pouvoirs sans subir de contrôle démocratique. L’Europe refuse de reconnaître qu’elle a besoin de réformes ; elle pratique la fuite en avant.

Les échecs politiques prévisibles de la zone euro vont nécessiter de nouveaux renflouements pour lesquels nous devrons à nouveau mettre la main à la poche. La crise migratoire va pousser les dirigeants européens à accélérer les négociations d’adhésion avec la Macédoine, le Montenegro, la Serbie, l’Albanie et la Turquie. Pour le Royaume-Uni, cela se traduirait par une nouvelle vague de migrants et la mise sous tension de la Sécurité sociale – le NHS.

Certes, le Brexit va provoquer la colère des dirigeants de l’Union européenne, conclut Michael Gove, mais il démontrera aux peuples européens qu’une autre Europe est possible. Celle que rêvent d’incarner les eurosceptiques britanniques s’ils parviennent à convaincre leurs compatriotes qu’il y a plus à gagner qu’à perdre en larguant les amarres d’avec le continent…

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