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Le Brexit, mauvais pour la Grande Bretagne, mauvais l'Europe

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Le suspense était insoutenable. En direct, au 20 Heures, toutes les chaînes de télé de la République interrogeaient fiévreusement leur envoyé spécial à Londres, posté devant l’Hopital Saint Mary. Comment va s’appeler le deuxième bébé de Kate et William ? Les supputations allaient bon train : Victoria, afin d’évoquer l’époque, héroïque et lointaine, où le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique ? Diana, au risque de fâcher son arrière-grand-mère de reine, qui ne portait pas dans son coeur la princess of the people ? Nous n’en pouvions plus d’attendre, c’était insoutenable. Et enfin, la réponse est tombée. Le royal baby porterait tous les prénoms de la famille , à commencer par celui de son grand-père, l’héritier du trône qui n’y montera probablement jamais : Charlotte, Elizabeth, Diana… Une solution élégante et diplomatique qui a dû germer dans la tête d’un chef du protocole.

Mais franchement, qu’avons-nous à faire du royal baby, nous autres, républicains et régicides ? La royauté, nous l’avons abolie et même plusieurs fois, pour être plus sûrs. Pourquoi tenter de nous intéresser au sort d’un royal baby dont la carrière – même dans son propre pays - n’aura aucune portée historique. Que nous importent ces historiettes d’une famille qui semble sortie d’une opérette viennoise ou d’un épisode de Downton Abbey ? Ca m’échappe.

Autrement plus décisives pour le destin de notre Europe s’avèrent les élections britanniques. Car si l’hypothèse d’un Grexit se rapproche dangereusement : Joschka Fischer évoque le mois de juillet - celle d’un Brexit se révèlerait autrement plus catastrophique. Si l’Etat grec devait être mis en défaut de paiement, la zone euro tiendrait : elle a désormais à sa disposition les mécanismes de soutien suffisants pour empêcher le détricotage. Par contre, si la Grande Bretagne prenait le large, ce serait lourd de conséquences pour l’Union européenne . Elle en serait profondément déséquilibrée et perdrait l’un de ses moteurs les plus dynamiques. L’ensemble, si patiemment élaboré, ne tarderait pas à tomber en capilotade.

Quels sont les risques d’un tel scénario ? Immenses. David Cameron, qui appartient au courant le moins eurosceptique de son propre parti conservateur, a cru trouver une parade à l’hémorragie de ses électeurs vers le parti eurosceptique UKIP : il a promis de renégocier le traité d’adhésion de la Grande Bretagne , afin d’obtenir un rapatriement de nombreuses compétences à Londres, ainsi qu’une profonde refonte de l’UE dans le sens des idées britanniques. Sur la base des résultats de cette renégociation, il organiserait un référendum sur le maintien ou non de son pays dans l’UE dès 2017. Mais c’est un piège qu’il s’est tendu à lui-même.

D’une part, les 27 partenaires de l’Union européenne ne sont pas prêts à accorder de nouveaux avantages particuliers aux Britanniques. Ce serait ouvrir une boîte de Pandorre. Car ce qui est en cause est sensible : la libre circulation des personnes et la mise sous conditions des avantages sociaux aux citoyens des autres pays de l’UE . Et c’est une question qui se pose aussi, de manière souterraine, au Parti travailliste, tenté par une social-démocratie de dimension nationale. D’autre part, un tel référendum est très risqué. Pour commencer, il faudrait disposer d’une majorité à la Chambre des communes pour l’organiser. Avec quels alliés ?

Certes, les Anglais constatent que leur économie est tirée par la forte croissance des pays en développement et que leurs exportations en direction de l’Union européenne sont passées en-dessous des 50 % du total. Mais les Britanniques rêvent s'ils croient pouvoir bénéficier d'un statut comparable à celui des Suisses ou des Norvégiens, tout en gardant un droit de regard sur les politiques de l'Union européenne.

Aujourd’hui, le Royaume-Uni est un des acteurs importants de l’Union européenne. Il a acquis une réelle influence sur les politiques menées en commun. Demain, dans l’espoir de devenir je ne sais quel porte-avions chinois amarré au large des côtes françaises, il risque de perdre sa participation aux décisions, tout en devant les appliquer. En outre, tous les think tanks qui ont planché sur le scénario du Brexit estiment que le Royaume-Uni y perdrait. Alors pourquoi s’accrocher à l’idée romantique de larguer les amarres ?

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