LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Le Brexit ne serait pas une bonne nouvelle

4 min
À retrouver dans l'émission

Veut-on le naufrage du projet européen ?

So long et bon voyage ! Tout un courant de l’opinion française se réjouit bruyamment de la possibilité de voir les Britanniques quitter l’Union européenne. Ces naïfs imaginent qu’une fois larguées les amarres avec le Royaume Uni, le directoire franco-allemand pourrait se reformer tel que dans les années 60/80, Berlin ayant perdu toute formule alternative. Les Anglais – maudits soient-ils pour Trafalgar et Mers el-Kébir – n’ont, disent-ils, aucune vocation européenne. Qu’ils retrouvent leur « special relationship » avec l’Oncle Sam et nous laissent gérer l’Europe comme nous l’entendons. L’élargissement de 1973 fut une erreur historique ; les Britanniques n’ont cessé de contrecarrer notre influence. Qu’ils retournent dans leur île.

C’est une idée stupide. Pas seulement parce que l’économie britannique, la 2° plus puissante d’Europe après l’Allemagne, est aussi la plus dynamique : croissance à 2,6 %, chômage tombé en-dessous de 5 %. Mais parce qu’un départ des Britanniques serait perçu dans le monde entier comme l’annonce d’un prochain naufrage européen. On féliciterait le Royaume Uni d’avoir eu l’intelligence de quitter un navire en perdition. Car l’Union européenne traverse, en effet, une zone de turbulence qui pourrait lui être fatale. C’est Matteo Renzi qui, dans une interview récente, comparait les institutions bruxelloises à l’orchestre du Titanic.

Le Parlement européen en est bien conscient. Sa Conférence des présidents vient de faire savoir qu’il considère qu’un Brexit provoquerait – je cite – « l’effondrement de l’Union européenne ». Car elle s’ajouterait aux deux défis majeurs du moment que sont la crise des migrants et la montée des populismes. Manuel Valls est sur la même ligne.

Face à l’incapacité manifeste de Bruxelles à définir et à appliquer une politique de l’immigration, on assiste, en effet, à une renationalisation qui mine le peu de crédit qui restait à la Commission. Plus fort encore, des groupes de pays prennent en main la « sauvegarde des frontières de l’UE » ; le groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Tchéquie) vient de décider, sans en référer à personne, de fermer la frontière entre la Grèce, d’une part, la Bulgarie et la Macédoine, de l’autre. Une façon d’exclure Athènes de facto de la zone Schengen, avant de l’abandonner purement et simplement au chaos. Une façon, aussi, de tourner le dos aux accords laborieusement conclus par la chancelière Angela Merkel avec Erdogan, afin que le sultan turc bloque enfin les passeurs, en échange d’un programme de réinstallation des authentiques réfugiés syriens dans les pays européens volontaires.

Une sortie du Royaume-Uni rouvrirait la question de l’indépendance de l’Ecosse, laquelle a déjà fait savoir que, favorable au maintien dans l’UE, elle déciderait alors de quitter le Royaume. Cela ne manquerait pas d’entraîner un effet en cascades : d’autres provinces agitées de courants nationalistes, comme la Catalogne espagnole, ne tarderaient pas à suivre le même chemin. Les souverainistes qui imaginent profiter de l’affaiblissement des institutions européennes pour réaffirmer le pouvoir des Etats-nations verraient la réalisation de leurs pires cauchemars : le démantèlement des nations, suivant de près celui de l’Union elle-même. Au vu des récents évènements de Corse, qui peut prétendre que la France elle-même serait épargnée ?

Les Américains font savoir qu’ils considéreraient une sortie du Royaume Uni comme le début de la fin, pour notre Europe décadente. Les deux seuls pays encore crédibles sur le plan militaire sont la France et le Royaume Uni. S’il n’en restait plus qu’un, ils viendraient à reconsidérer « la relation spéciale » avec une Angleterre devenue – c’est Richard Haas qui le dit « paroissiale et sans influence » et abandonneraient l’Europe, décidément incapable de participer efficacement à sa propre défense. Face à un tel délitement, pas besoin d’insister sur les opportunités offertes à l’avidité impérialiste de Poutine. Individuellement, et face aux puissances telles que la Chine, les Etats-Unis et l’Inde, nous ne pesons plus grand-chose. Ensemble, nous pouvons défendre nos intérêts et nos valeurs.

Non, le Brexit ne serait pas une bonne nouvelle !

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......