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Le choc de compétitivité devra attendre

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Vous vous souvenez de la Commission Attali « pour la libération de la croissance française » ? Joli succès de librairie, le Rapport. Mais vous avez vu beaucoup des mesures qu’il préconisait, mises en application par le président Sarkozy ? La « formation des jeunes générations à l’économie du savoir », la « suppression des rentes » et les « mesures en faveur de la mobilité », la conception d’une flexsécurité à la française, l’ouverture des professions fermées… le moins qu’on puisse dire est qu’on n’a pas vu venir grand chose. Le Rapport Attali n’a pas eu de chance, a-t-on dit il a été publié au tout début de la pire crise de l’après-guerre. Le gouvernement de l’époque était bien trop occupé à empêcher les banques de faire faillite la flexsécurité et l’économie du savoir pouvaient attendre. Le moment réformiste du quinquennat venait de se terminer. Il fallait rassurer.

Il y avait déjà, dans ce rapport, un chapitre consacré à la compétitivité des entreprises . Or, ce problème ressurgit aujourd’hui avec une acuité redoublée. Le déficit du commerce extérieur de la France ne cesse de s’aggraver, témoignant d’un manque de compétitivité que la gauche a longtemps nié. Ou plutôt qu’elle a voulu attribuer à des questions de stratégie et de positionnement de nos produits, mais pas aux charges pesant sur le coût du travail.

Or, d’après les fuites publiées par Le Figaro ce week-end, le rapport demandé à Louis Gallois estime à 10 milliards le montant des charges pesant sur les salaires et à 20 milliards le montant de celles qui supportées par les entreprises, qu’il faudrait supprimer, afin de remettre ces dernières au niveau de leurs concurrentes européennes. Ces 30 milliards d’euros seraient compensés par une hausse de la TVA et de la CSG.

Certes, François Hollande a paru ces derniers jours favorables à une ouverture sur la question de la baisse des charges, en déclarant que « le financement de la protection sociale ne peut reposer uniquement sur le coût du travail. »

Mais il doit aussi tenir compte des attentes de son électorat , qui n’a été préparé ni au plan de rigueur budgétaire, ni à ce qu’il ne manquerait pas de considère comme un cadeau fait aux entreprises. Le rapport Gallois est donc enterré d’avance, le président de la République ayant fait savoir « qu’il n’engageait que son auteur et non pas le gouvernement ».

Le gouvernement doit, en effet, tenir compte des 28 % obtenus par la motion emmenée par Emmanuel Maurel en vue du congrès du PS. L’aile gauche du PS sort, en effet, renforcée de la consultation, et le candidat de la direction – et de François Hollande lui-même, Harlem Désir pourrait être tenté, pour se débarrasser de l’image d’apparatchik terne et discipliné qui lui colle à la peau, d’amener le parti socialiste à jouer le rôle d’aiguillon du gouvernement, plutôt que celui de « godillot ». Déjà, il s’est exprimé avec scepticisme sur la possibilité de ramener le déficit budgétaire à 3 % dès l’an prochain, comme l’OFCE, qui estime, de son côté, ce futur déficit à 3,5 %.

Hollande l’a fait savoir, il ne sera pas le Schröder français. Le risque de l’impopularité est trop grand et Hollande espère bien conquérir un deuxième mandat. Le choc de compétitivité devra attendre une conjoncture européenne plus favorable. Mais ce ne sera pas sans effets sur notre commerce extérieur – et donc sur les chances de réélection de François Hollande…

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