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Le conte de fées français de la méchante chancelière

4 min
À retrouver dans l'émission

La gauche médiatique se raconte une belle histoire, un conte de fées qui pourrait se résumer ainsi :

Il était une fois, dans le bel empire d’Europe, une méchante chancelière d’Allemagne. Malgré son visage poupin et la modestie de sa tenue, c’était en fait une cruelle sorcière . Ennemie de la joie de vivre et des simples plaisirs de la vie, elle s’acharnait à priver de toutes les commodités les habitants l’empire. Alors que les caves de son propre château étaient pleines de sac de farine, elle interdisait aux habitants des autres royaumes de l’empire de mettre de la sauce sur leurs viandes et de reprendre du dessert. Alors que les caves de son propre château contenaient des grands crus millésimés, elle contraignait les habitants des autres royaumes de l’empire à se contenter d’eau plate 6 jours sur 7. Alors que dans nombre de ces petits royaumes, les princes avaient l’habitude de distribuer généreusement des deniers à leurs sujets, lors de toute sorte de fêtes, elle leur interdisait ces largesses , au motif qu’il s’agissait d’argent emprunté.

Mais les joyeux habitants du royaume de France, après s’être débarrassé du triste sire qui était devenu le complice de la méchante sorcière, se choisirent un nouveau roi, bon et généreux. Celui-ci leur promit de guerroyer contre la méchante chancelière et d’obtenir, pour ses gentils sujets, le retour des fêtes d’antan.

Trêve de plaisanterie. Je lis dans le Nouvel Obs de cette semaine, « Angela 1°, l’impératrice d’Europe (…) n’a pas réussi à imposer ses choix. La chancelière ne voulait pas du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Il a été élu le 15 juillet par le Parlement de Strasbourg. Elle ne voulait pas du Polonais Donald Tusk comme président du Conseil européen. Il a été désigné le 30 août au sommet des chefs d’Etat de l’Union européenne. » Fin de citation. A se demander si l’auteur de l’article, qui relate ensuite la montée en puissance de l’Allemagne au sein des institutions européennes , est bien le même que celui qui a écrit cette bêtise. Car Angela Merkel ne s’est pas opposée à la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. C’est David Cameron qui avait mis son véto à cette nomination, que la chancelière allemande a fini par lui imposer. Il est tout aussi inexact de prétendre que Donald Tusk n’était pas soutenu par l’Allemagne à la présidence du Conseil européen. Dans son pays, l’ancien premier ministre polonais, germanophone, passe pour le meilleur disciple d’Angela Merkel.

Mais c’est ainsi : les Français se racontent toute sorte d’autres histoires, également fantaisistes, sur le rapport de force existant entre la France et l’Allemagne, en Europe, sur le poids respectif du pays qui fait envie - l'Allemagne, et de celui qui fait pitié - la France.

Ils avaient misé sur la victoire du SPD aux élections de 2013, gageant que les sociaux-démocrates adopteraient une politique proche de la ligne française – ce qui est loin d’être certain. Or c’est la CDU de Merkel qui a gagné une fois de plus. Quel est le premier ministre français qui peut se vanter, comme la chancelière allemande, d’avoir gagné 3 élections générales consécutives ? François Hollande avait promis de rassembler une large coalition de pays exaspérés par l’austérité. La vérité, c’est que la France demeure minoritaire sur sa ligne. Et des pays comme l’Espagne et l’Irlande, qui se sont vu imposer des politiques d’austérité draconienne, comprennent mal pourquoi la France aurait droit, elle, à un régime de faveur .

Le gouvernement français se raconte une nouvelle belle histoire : le SPD, allié de la CDU de Merkel au sein de la Grande coalition au pouvoir à Berlin, serait au bord du divorce. Et de miser sur Sigmar Gabriel, que les résultats du Front national aux élections européennes inquiètent au point qu’il serait prêt à de larges concessions envers la ligne française. Mais ligne Gabriel est claire : « des réformes de structure authentiques en échange de nouveaux délais en matière de déficit. L’Agenda 2010 de Schröder a montré qu’une telle formule pouvait être un succès . »

A présent, toute la gauche médiatique frétille d’aise à l’annonce que la croissance allemande sera, cette année et la prochaine, presque aussi médiocre que la nôtre : 1,2 %, cette année, 1,3, en 2015. Schadenfreude ! Enfin, le Gulliver allemand est ligoté.

Une rencontre est prévue à Berlin aujourd’hui même entre les ministres de l’économie et des finances de la France et de l’Allemagne. Il s’agit de se mettre d’accord sur un plan susceptible d’éviter à Paris l’humiliation que constituerait un refus de son budget 2015 par la nouvelle Commission. Et on sait d’avance ce qui va en sortir : Berlin va promettre d’apporter sa caution à l’engagement de Paris de revenir sous la barre des 3 % de déficit. Nouvelle promesse, après celles déjà prises, mais non tenues, par François Hollande. En échange, Emmanuel Macron va annoncer un train de réformes destinées à libéraliser le marché du travail. Et les médias français pousseront le cocorico d’usage, en insistant sur l’annonce, par l’Allemagne, d’un plan d’investissements, comme s’il s’agissait d’une victoire française….

La vraie question, c’est : quelles réformes la France va-t-elle être contrainte d’engager pour que l’Allemagne la soutienne à la Commission ?

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