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Le débat européen, grand absent de la campagne

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Une course de vitesse est engagée, prétend The Economist, cette semaine, entre des réformes de structure, lancées en rafales par Mario Monti à Rome et Mariano Rajoy, à Madrid, et la colère des populations du Sud de la zone Euro, qui vont voir leur sort s’aggraver encore cette année, pour cause de récession. Mais les réformes, si on croit en leur efficacité, ne porteront leurs fruits en termes de compétitivité et d’emploi qu’à moyen terme, tandis que les dirigeants politiques doivent faire face à une exaspération qui, elle, est déjà là. On l’a vu dans les rues d’Athènes la semaine dernière et dans celles de Madrid, hier.

Mais comme l’écrit Jean Pisani-Ferry, dans les pays en crise de surendettement, « les partis de gouvernement subissent les attaques des « forces anti-système » sur des sujets qui ne relèvent plus de la compétence purement nationale. Car, le traitement en cours de la crise de l’euro implique que les Etats acceptent d’abandonner de nouveaux pans de souveraineté. Les règles organisant les échanges intra et extra-communautaires, la monnaie et les taux de change ne dépendent déjà plus d’eux. Et voici que les normes encadrant leurs finances publiques leur échappent aussi. Charles Wyplosz l’écrit sur Telos, « la discipline budgétaire n’est pas une question de gauche ou de droite, et encore moins de volontarisme politique. Elle s’impose à tous et, un jour ou l’autre, il faut s’y mettre. Ce jour est arrivé… » Pour Jean Pisani-Ferry, la politique budgétaire fait désormais partie des « choix contraints »…

Les candidats des partis de gouvernement nous promettent tous le retour à l’équilibre budgétaire, comme si c’était leur choix personnel. Mais la contrainte vient de Bruxelles où l’on s’efforce de gérer la crise de l’euro. Nos candidats ne divergent que sur les délais. Fin 2015, pour Bayrou, 2016, pour Sarkozy, 2017, pour Hollande. Mais la vraie question à leur poser, la question politique, c’est celle du comment. Car on ne passe pas aisément d’un déficit de 5,4 % de PIB à un budget en équilibre. Dans quels budgets vont passer les coupes ? Cela implique des choix politiques. Or, on remarque que les deux principaux challengers font preuve d’une grande discrétion sur le choix des dépenses publiques à sacrifier, pour se montrer prolixes sur les moyens d’augmenter les prélèvements. Mais, comme l’a fait remarquer spectaculairement la Cour des comptes, ces prélèvements ont atteint de tels niveaux, dans notre pays, à 44,8 % l’an dernier, qu’il devient difficile de les augmenter sensiblement sans étouffer la consommation et faire fuir les entreprises à l’étranger.

Il y a donc urgence à ce que le débat européen entre dans la campagne électorale. Car « Bruxelles » n’est pas une machinerie apolitique et sourde aux électorats. La France jouit d’une forte influence au Parlement européen (10 % des eurodéputés sont français), au Conseil européen et même au sein de la Commission. Notre pays est donc parfaitement à même d’influer fortement sur les choix qui sont faits en matière financière au niveau européen.

Mais bizarrement, nos responsables politiques, qui feignent de disposer librement de leviers qu’ils n’ont pas, semblent ignorer l’influence dont ils disposent au niveau décisif – celui des institutions européennes.

Serait-ce parce qu’ils se préparent à faire porter à l’Union européenne la responsabilité d’une politique de rigueur qu’ils savent aussi indispensable qu’impopulaire ? Ce serait faire le jeu des « partis anti-système » dont l’euroscepticisme est le fonds de commerce.

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