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Le déclin en forte croissance

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a neuf ans, vous avez publié, Nicolas Baverez, un livre qui vous a valu un certain succès public, mais qui a fait de vous le porte-parole involontaire d’un courant, vite labellisé « décliniste ». A ce titre, une certaine presse vous a dénoncé comme « contre-révolutionnaire » au seul motif que, dans le passé, mais dans d’autres circonstances, des auteurs, tels qu’Ernest Renan , avaient, eux aussi, dénoncé le déclin de notre pays. Renan, dont on vient opportunément de rééditer «La réforme intellectuelle et morale », écrite au lendemain de la défaite de Sedan, aurait pourtant bien des choses à nous dire, avec son obsession du retard de la France sur l’Allemagne...

Comme ce glorieux prédécesseur, vous faisiez état d’un certain nombre de signes inquiétants, qui révélaient la fragilité du pays, son déclin matériel et moral . Mais il était considéré par beaucoup comme malséant de les exposer. La France n’incarnait-elle pas, selon la télévision, un modèle social que l’univers nous enviait ? Relever que ce modèle était financé à crédit et qu’il ne bénéficiait pas à la fraction croissante de la population, exclue du marché du travail, c’était remettre en cause le meilleur des Etats-providences possibles…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que depuis lors, les choses n’ont pas été en s’arrangeant. La France, écrivez-vous aujourd’hui, dans "Réveillez-vous ", s’enfonce, parce qu’elle refuse d’analyser sereinement les causes de son déclin relatif dans un monde qui change très vite et dans lequel l’Europe elle-même, fait figure, à son tour, « d’homme malade » de l’ère de la mondialisation.

Notre Etat, pléthorique et omniprésent, est politiquement affaibli parce que considéré comme pourvoyeur de prébendes et non comme incarnation de l’intérêt commun . Alors que les dépenses publiques ont atteint un vertigineux sommet – en absorbant 56 % de la richesse créée par le pays – nous persistons à croire que nous sommes victimes du libéralisme. Alors que la dette publique accumulée vient de dépasser les 90 % de PIB, on entend souvent dire que la panne de notre appareil productif a l’austérité pour cause. Alors que notre déficit commercial est le plus important de la zone euro, beaucoup persistent à prôner la « relance par la consommation ». Alors que notre tissu industriel est déliquescent, que notre compétitivité dégringole – nous avons encore perdu trois places selon le classement du World Economic Forum, passant en un an de la 18° à la 21° place -, nous maintenons un système de prélèvements sur le travail qui a fait dangereusement reculer le taux de marge de nos entreprises. Bref, comme The Economist , en avril dernier, l’écrivait, nous sommes victimes du déni .

Et vous incriminez notre intelligentsia qui, au lieu d’apprendre à considérer sereinement les faits, persisterait à servir de dernier refuge aux idées qui ont magnifiquement échoué ailleurs . Après avoir cru à la « fin du travail », comme au caractère profondément démocratique de la Révolution culturelle maoïste, elle s’entiche à présent de démondialisation ou de décroissance. Après avoir fait du progrès une nouvelle religion, voici qu’elle cultive aujourd’hui un scepticisme précautionneux envers toute avancée scientifique, toute nouveauté technique.

Mais ces constats, Nicolas Baverez, sont désormais largement partagés. Autant vous étiez assez seul en 2003, lors de la parution de La France qui tombe , autant les Français sont aujourd’hui nombreux à être conscient que la situation de leur pays est inquiétante. Le ton utilisé par le président de la République, François Hollande, dimanche soir, contrastait singulièrement avec celui de son prédécesseur de 2003. En réalité, nous sommes tous devenus plus ou moins déclinistes.

Alors, comment se fait-il que les moyens d’enrayer ce déclin n’aient pas encore été mis en œuvre ? Serait-ce qu’il est déjà trop tard, comme le prétendent certains ? Ou, au contraire, que nous n’avons pas encore touché le fond – à partir duquel on rebondit - comme d’autres le disent ?

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