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A la mémoire des victimes de Mohamed Merah

Le désarroi des Juifs de France

4 min
À retrouver dans l'émission

sur fond de multiplication des crimes antisémites

A la mémoire des victimes de Mohamed Merah
A la mémoire des victimes de Mohamed Merah Crédits : ozar hatorah - Maxppp

Le grand désarroi des Juifs de France. C’est le titre du livre-enquête, publié, ces jours-ci par Salomon et Viktor Malka. Désarroi, disent-ils, parce que les Juifs français se considèrent en manque de repères, ont du mal à nommer ce qui leur arrive. 

Jamais dans le passé récent, et même durant les furieuses années 30, quand le pays était au bord de la guerre civile, on n’avait tué des enfants à bout portant dans une école juive, comme l’a fait Mohamed Merah à Ozar Hatorah. Jamais on n’avait vu les clients et le personnel d’un commerce juif pris en otage et abattus, comme l’a fait Amedi Coulibaly. Jamais on n’avait vu un Français, comme Mehdi Nemmouche, abattre froidement les visiteurs d’un musée juif. Oui, on attaque en pleine rue, à Marseille, un porteur de kippa. Et, à Paris, des manifestations pro-palestiniennes se sont terminées en attaques de synagogues, le 13 juillet 2014. On a crié : « mort aux Juifs ! ». Un antisémitisme nouveau, qui peut se traduire par des violences, se banalise dans notre pays.

Le désarroi provient au moins autant de ces actes antisémites, que de la mollesse de la réaction majoritaire. Longtemps a prévalu un étrange déni. La dimension antisémite de l’assassinat d’Ilan Halimi par Youssof Fofana et son gang des barbares, il y a dix ans, a fait l’objet d’un étrange refoulement. Et bien des Juifs ont relevé que si 200 000 personnes étaient descendues dans la rue, le 7 octobre 1980, pour protester contre l’attentat de la synagogue de la rue Copernic, les crimes récents n’ont pas déclenché le même sentiment de solidarité nationale. Certes, nous étions quatre millions « pour Charlie » le 11 janvier 2015. Mais si les terroristes n’avaient pris pour cible que l’hypermarché cacher de la Porte de Vincennes, aurions-nous été si nombreux ?

Sans doute était-il plus facile de mobiliser en octobre 1980, parce que l’enquête désignait hâtivement pour coupable l’extrême droite. Nous savons depuis que l’attentat a été commandité par un groupe palestinien, le FPLP-OS. Lorsque la haine des Juifs prend le prétexte de l’antisionisme, voire – par quelle étrange perversité, le masque de l’antiracisme -, il devient plus difficile de le nommer. Ainsi, la plupart de nos médias entretiennent un silence gêné sur la multiplication des attaques au couteau qui ont lieu, en ce moment, en Israël. Lorsqu’un professeur est attaqué de la même façon dans une rue de Marseille, parce qu’il portait une kippa, on nous dit que cela n’a rien à voir…

Rien à voir, vraiment ? N’est-ce pas l’expression de la même haine du Juif en tant que tel qui s’exprime, là-bas, dans le refus opposé à l’existence d’un Etat juif « en terre d’Islam », (tel qu’il est proclamé par le Hamas(, et la chasse aux Juifs dans les territoires perdus de la République, ici ?

Bernard-Henri Lévy analyse fort bien, dans L'esprit du judaïsme, les composants du redoutable cocktail de ce nouvel antisémitisme : l’antisionisme obsessionnel, le négationnisme de la Shoah – dans la mesure où le génocide des Juifs d’Europe justifie l’existence d’un refuge, et la concurrence victimaire. Dans l’imaginaire d’une ultra-gauche tiers-mondiste, la figure du Palestinien, en tant que victime absolue a pris la place du déporté d’Auschwitz. Et puisqu’il est le « nouveau Juif », il faut que l’Israélien soit, de son côté, "le nouveau nazi". Il y a là une bien perverse manipulation. 

Comme vous l’écrivez aussi, les défenseurs du multiculturalisme devraient plutôt célébrer Israël.

Si les pouvoirs publics ont été, comme l’ensemble de la société, lents à accepter de nommer les choses, ils se sont bien rattrapés depuis. Le premier ministre, Manuel Valls, a appelé à « poser le vrai diagnostique » et a mis en cause « le nouvel antisémitisme, né dans nos quartiers, sur fond d’internet, de paraboles et de misère, sur fond de détestation de l’Etat d’Israël ». Mais la société ? Quelle solidarité éprouve-t-elle ? Et ces intellectuels, si prompts à transmuer des crimes antisémites en « violence sociale », plus ou moins légitime, voire à les excuser tout à fait…. 

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