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Le fisc américain aux basques des corrompus de la FIFA

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Dans son livre paru en 1999, How they stole the game ? (Comment ils ont volé le jeu), l’écrivain anglais David Yallop mettait en lumière la corruption qui s’était installé à la FIFA. Il publiait notamment les témoignages de dirigeants nationaux à qui on avait proposé de fortes sommes pour acheter leur vote lors de l’élection du président. Ainsi, Farah Ado, le président de la Fédération somalienne de football reconnaissait qu’on lui avait offert 100 000 dollars pour voter pour Sepp Blatter , ainsi élu président de la FIFA pour la première fois en 1998.

En 2010, des journalistes de CNN ont tendu un piège à des membres de comité exécutif de la FIFA, leur proposant d’acheter leurs voix pour l’attribution des Coupes du monde de 2018 et 2022. Cela faisait longtemps qu’on savait que tout était à vendre à la FIFA : la localisation et l’organisation des compétitions – y compris la Coupe du monde, le sponsoring et la publicité, les élections des dirigeants, l’attribution des droits de rediffusion…

C’est que le football, ce sport de manchots inventé et par les Anglais au XIX° siècle, est devenu le sport le plus populaire de la planète. Alors même que, contrairement au cricket et au rugby, il n’avait pas fait partie des produits d’exportation de l’empire britannique, son expansion suit les routes de la mondialisation.

C’est ainsi que les Européens y ont perdu le pouvoir dès 1974, avec l’élection à la tête de la FIFA du Brésilien Joao Havelange, dont la candidature était soutenue par la totalité des pays du tiers-monde. Encore aujourd’hui, chacun des 209 Etats membres dispose d’une voix . Ce qui signifie que le territoire de Macau pèse du même poids que l’Allemagne.

Le président Blatter n’est certainement pas un militant tiers-mondiste. Un populiste, peut-être, comme le soutient l’universitaire Branko Milanovic. Mais sa puissance était basée sur l’alliance des Asiatiques, des Africains et des Sud-Américains contre les Occidentaux . Alors même que c’est l’Europe qui contribue le plus au financement, via les droits de retransmission et les firmes américaines au sponsoring. Blatter était en guerre avec l’UEFA, mais il s’était acheté des clients à travers le monde entier, à travers les programmes de développement de la FIFA. Il avait aussi multiplié les comités d’experts, dont les membres, choisis par lui, sont payés rubis sur l’ongle.

Tout cela est en train de changer.

Avez-vous déjà entendu parler du dogue argentin ? C’est un chien réputé pour ne jamais lâcher sa proie. Hé bien, l’Internal Revenue Service, la toute-puissante agence américaine de recouvrement des impôt , qui vient de saisir en Suisse 7 dirigeants de la FIFA à la nuque, a la même réputation que le dogue argentin. Son enquêteur en chef Richard Weber dit avoir découvert « des systèmes complexes de blanchiment d’argent ayant permis de dissimuler des dizaines de millions de dollars sur des comptes off-shore ». Parmi les personnalités arrêtées, figure le puissant de la CONCACAF, la Fédération américaine de football, vice-président de la FIFA, qui se trouve être résident fiscal des îles Caïman. La FIFA elle-même, qui brasse des milliards de dollars de revenus, est une organisation à but non lucratif, basée en Suisse, où elle ne paye pas d’impôts.

Comme l’écrit Jean-Marc Vittori dans Les Echos mardi dernier, ce que prouve toute cette histoire, c’est que la puissance américaine n’est plus tant désormais basée sur la capacité de projection de forces militaires, que sur le droit.

Les nouveaux moyens dont s’est dotée l’administration américaine pour lutter contre la fraude fiscale sont hyper-efficaces. En trois ans, les juges américains ont infligé plus de 140 milliards de dollars d’amendes et de redressements à des banques tant étrangères, comme BNP Paribas qu’américaines. Il est devenu impossible de résister à la pression à l’International revenue service et aux juges américains qui sont ses bras armés. La Loi Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act) rend obligatoire l’échange d’information entre les services des impôts du monde entier. On parle « d’extraterritorialité du droit américain ». Ce sont les banques qui ont organisé les magouilles de la FIFA qui sont à présent dans le collimateur. L’addition promet d’être élevée.

Le football est devenu un instrument de puissance, un outil de soft power. On sait maintenant que l’attribution de la Coupe du monde à l’Afrique du Sud a été payée rubis sur l’ongle. Comment peuvent réagir la Russie et le Qatar, bienheureux attributaires de la Coupe du Monde de 2018 et 2022 ?

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