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Le Front national surfe-t-il encore sur les affaires ?

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Dans un entretien qu’il vient d’accorder au FigaroVox, le sociologie Jean-Pierre Le Goff constate : « Les règlements de comptes se succèdent entre les camps et à l’intérieur de chaque camp, dans une spirale délétère qui a tous les traits d’une autodestruction, au profit de l’abstention et des extrêmes… La machinerie politico-médiatique s’emballe et personne ne semble en mesure de l’arrêter. Cela ressemble à l’effondrement d’une classe politique … A travers la succession des affaires, au fil des ans, le monde politique apparaît de plus en plus comme une caste ou une oligarchie en voie de décomposition , de plus en plus étrangère aux préoccupations des citoyens ordinaires, mais qui n’en continue pas moins de vivre et de se déchirer dans l’entre-soi et ce, dans une situation des plus critiques. » Fin de citation.

Les sondages le montrent abondamment : l’image de la classe politique ne cesse de se dégrader. 87 % des sondés par OpinionWay pour le CEVIPOF en janvier estiment que « les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout des gens comme eux ». A quoi cela tient-il ?

D’abord à l’échec des gouvernements successifs , tous également incapables d’enrayer un déclin dont les Français ont enfin pris conscience, dans leur grande majorité. 74 % des sondés par IPSOS pour Le Monde en décembre dernier, voient « la France sur le déclin ». Les trois quarts. Sur la réalité de ce déclin, sur la soutenabilité du modèle français, les dirigeants de droite et de gauche leur ont menti durant plusieurs décennies. A présent, au lieu de leur proposer les moyens d’unedressement, les élus nous offrent le spectacle de leurs joutes stériles et méprisables.

Cela tient aussi à un esprit du temps, fait de délectation morose et de dérision cynique : tout est prétexte à moquerie. Le pouvoir n’impressionne plus, il fait rire. A travers le Hollande-bashing, le pays se moque de lui-même. On doit s’inquiéter lorsque les princes et les bouffons échangent leurs sceptres…

Et, bien sûr, cela tient à la multiplication des affaires , qui rend plus assourdissant encore l’impuissance de l’opposition à proposer une alternative. Une alternative à l’absence de programme cohérent de la majorité gouvernementale elle-même.

Contrairement à ce que tentent de faire accroire les médias de gauche, les affaires sont loin d’être l’apanage de la seule droite.

Nul n’a oublié l’étrange arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie, les rétro-commissions de Karachie. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, il y a le fort soupçon pesant sur le président de l’UMP d’avoir autorisé une société dirigée par certains de ses amis à présenter, à son propre parti, des factures gonflées. Mais comme il l’a suggéré lui-même pour sa défense, c’est une pratique qui n’est peut-être pas le monopole de la seule UMP… Les soupçons qui pèsent sur Nicolas Sarkozy en ce qui concerne un financement libyen de sa campagne de 2007 et un abus de faiblesse envers Liliane Bettencourt n’ont pas pu être étayés par la justice, malgré la mise sur écoutes de ses téléphones et la saisie de celui de son avocat. Les juges s’orientent à présent vers une affaire de trafic d’influence – l’ancien président est soupçonné d’avoir bénéficié de tuyaux de la part d’un magistrat de premier plan de la Cour de Cassation, dont il aurait, en échange, favoriser la carrière.

On découvre à cette occasion qu’il y a bien des juges de droite, comme il y a des juges de gauche . On le savait depuis l’affaire du « Mur des cons », que la Garde des Sceaux n’avait pas jugé nécessaire de sanctionner. La doyenne des juges d’instruction, Sylvia Zimmermann a néanmoins décidé, le mois dernier, de mettre en examen la présidente du Syndicat de la Magistrature, pour injures publiques aggravées .

On n’aura pas la cruauté de rappeler au Parti socialiste qu’un Ministre des Finances, réputé champion des contrôles fiscaux, Jérôme Cahuzac , avait caché sa propre fortune dans des paradis fiscaux. Mais puisqu’on en est aux avocats mis en examen, on mentionnera le cas d’un proche du président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini , qui vient d’être poursuivi pour « complicité de trafic d’influence ». Et si le Front National a de fortes chances d’emporter la mairie de Hénin-Beaumont , n’est-ce pas parce que les socialistes locaux se sont fâcheusement compromis dans une gestion locale épouvantable.

Le Front National va-t-il bénéficier de ce climat délétère ? On le redoutait à l’UMP, où l’on aurait préféré s’épargner la multiplication des triangulaires entre les deux tours. Mais le PS est en train de réaliser qu’il n’en sera pas forcément le bénéficiaire, puisque Marine Le Pen a déplacé le parti de son père vers un nouveau terrain : n’est-elle pas parvenue à faire du Front national le parti de « l’autre politique » , celle qu’on n’a pas encore essayée (sortie de l’euro, dévaluation, France seule, protectionnisme, etc) ?

Le plus frappant, face aux affaires, c’est la discrétion des dirigeants actuels du FN ils font mine de s’en attrister, quand leurs prédécesseurs avaient l’habitude de s’en réjouir bruyamment. Ce changement montre que le vieux parti d’extrême droite croit avoir réussi sa mue : de parti tribunicien, il serait devenu un parti de gouvernement . Il prétend ne plus contribuer au pourrissement, mais incarner la véritable alternance. Cela peut-il marcher auprès d’un électorat exaspéré ?

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