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Le gouvernement atteint par une crise d'autorité

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J’aurais bien aimé vous parler seulement, madame la Ministre, des MOOCS , ces plate-formes de cours en ligne qui s’apprêtent à révolutionner l’enseignement supérieur et dans le domaine desquels nous avons déjà pris un important retard, malgré quelques heureuses initiatives, comme France Culture Plus, ou les cours en ligne du Collège de France. La plate-forme américaine gratuite Coursera annonce déjà plus de 5 millions d’inscrits. J’ai pu vérifier qu’il existait des cursus en français, diffusés par l’Université de Genève, partenaire du projet. Le projet France Université Numérique devrait démarrer dès le mois de janvier. Attendons de voir.

Mais chacun sait que les méthodes d’enseignement ne sortiront pas indemnes de cette métamorphose. Et que la question du modèle économique se posera très vite : les grandes universités américaines sont des marques. Nos grandes écoles et universités subiront leur concurrence et devront se réorganiser pour exister sur ce nouveau marché du savoir et de la formation.

Nous en parlerons. Mais il y a l’actualité politique. Le gouvernement auquel vous appartenez a un problème de crédibilité. Il y avait la promesse électorale de faire reculer à 3 % du PIB le déficit budgétaire dès 2013 (Proposition 11), qui s’est avérée intenable. Il sera de l’ordre de 4 %. Nous avons pourtant connu des hausses d’impôts sans précédents entre 2011 et 2013 (environ 70 milliards). Elles ont porté le niveau des prélèvements obligatoires à 46 % du PIB, un record en Europe . Ainsi ont été ont amputé le pouvoir d’achat des ménages et la capacité d’investissement des entreprises, sans que cette ponction supplémentaire ne parvienne à faire sensiblement reculer les déficits. Plus grave : le rendement de l’impôt faiblit. Plus on les augmente, moins ils rendent . Faudra-t-il les alourdir encore ? On se souvient que François Hollande avait promis une pause, mais que son premier ministre l’a retardée d’un an…

La créativité fiscale de ce gouvernement semble sans limites . Pas de mois sans l’annonce d’une nouvelle surtaxe, écotaxe, élargissement d’assiette, rabotement… Le sommet vient d’être atteint avec l’impôt rétroactif et ubuesque envisagé sur les Assurances Vies et les Plans Epargne Action, qui risque de dissuader, pour longtemps, les Français d’investir dans nos entreprises qui manquent cruellement de fonds propres pour se développer..

La Bretagne est au bord de l’explosion sociale. Les entreprises agro-alimentaires ferment les unes après les autres, dans une région où, comme dans beaucoup d’autres, il est presque impossible de retrouver un travail lorsqu’on a perdu le sien. Pas étonnant, le nombre de dépôts de bilan dans l’ensemble de la France n’a jamais été aussi élevé depuis 20 ans que durant le 3° trimestre de cette années : 12 790.

Ce gouvernement connaît une grave crise d’autorité. Que le ministre de l’Intérieur et la Garde des Sceaux aient des vues différentes sur le rôle respectif de la répression et de la prévention est un grand classique, qu’on a vu rejouer pratiquement par chaque gouvernement. Mais que Cécile Duflot, représentant dans votre gouvernement du principal allié électoral du Parti socialiste, accuse Manuel Valls d’être « allé au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain » - expression qui jusqu’alors était réservée aux dérapages verbaux du Front national – est autre chose. Cela démontre l’existence, au sein de ce gouvernement, de lignes politiques inconciliables .

Cette polémique, qui portait sur l’intégration des Roms, a bien bénéficié au ministre de l’Intérieur, puisque, selon les sondages concordants de CSA le 3 octobre (hausse de 6 points pour Valls, à 57 %, baisse de 3 points pour Duflot, à 29 %) et du CSA d’hier qui donne 56 % d’opinions favorables à Manuel Valls . Celui-ci devient ainsi la personnalité politique préférée des Français , loin devant le N° 2, qui est Alain Juppé qui est à 50 %. Mais la popularité du ministre de l’Intérieur ne protège ni le Président de la république (71 % des Français portent un jugement défavorable sur son action), ni celle du Premier ministre (seulement 26 % d’opinions positives).

Crise d’autorité encore, dont témoigne la victoire, lors des primaires de Marseille, de la sénatrice Samia Ghali contre la candidate officielle, votre collègue de gouvernement, Marie-Arlette Carlotti.

Je ne parlerais pas de l’affaire Leonarda. Cela a été fait dans la première partie de cet entretien. Mais admettez qu'il est difficilement compatible avec l'autorité gouvernementale de voir les principaux dirigeants d'un parti majoritaire accabler un ministre de l'Intérieur issu de ses rangs.

A votre poste, en charge de l’Université et de la Recherche, vous avez prise sur l’amont – la formation des futurs salariés français, condition de la compétitivité future de notre économie. Nous allons en parler, je vous le promets, mais pour en rester à la politique, ne croyez-vous pas que la sagesse politique conseillerait de procéder à un remaniement d’envergure non pas après les municipales, mais avant ?

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