LE DIRECT

Le Jobs Act de Matteo Renzi et la Loi El Khomri

4 min
À retrouver dans l'émission

Le premier ministre Manuel Valls peut-il passer en force, comme l'a fait son homologue italien, Matteo Renzi ?

Comment le gouvernement a-t-il pu rater aussi prodigieusement la réforme du Travail ? Comment un texte de loi, vidé d’une bonne partie de sa substance initiale, et adopté bon gré mal gré par le Parlement, risque-t-il de finir par paralyser la vie économique du pays – et de gâcher la grande fête touristique de l’Euro de football qui commence le 10 juin ? Car telle est bien la grande menace que fait planer la CGT sur la tête de François Hollande et Manuel Valls.

Osons le dire : le lancement de cette offensive a obéi à toutes les règles de l’art de la guerre réformatrice.

Je m’explique : en janvier, a eu lieu la phase qu’on pourrait qualifier de préparation d’artillerie. On bombarde les positions adverses, afin de désorganiser ses lignes. En septembre, le rapport Combrexelle avait déjà nettoyé le terrain. Mais C'est alors que l’appel à un sage – Robert Badinter, au-dessus de la mêlée, qui remet un texte censé constituer le socle intellectuel de la loi, tente de contraindre les plus réticents à partir d’un constat partagé : 61 principes qui constitueront le fondement d’une refonte d’un Code du travail, ridiculisé depuis des mois pour son illisibilité.

En février, la parole est troupes d’assaut, aux groupes de choc, aux paras : le texte initial est présenté en Conseil des ministres, avec un effet de dramatisation, voulu, une personnification – la loi El Khomri, de la solennité. Il s’agit notamment de séduire enfin le MEDEF, qui feint de ne pas se sentir suffisamment gâté par le CICE.

Mars, retraite tactique sur des positions plus sûres : les négociations avec la CFDT aboutissent à des modifications qui font hurler le patronat – comme la taxation des CDDs. Ces hurlements sont aussitôt interprétés par le gouvernement comme le signe qu’il a abouti à un compromis équilibré. L'adversaire - la CGT et FO - paraît isolé.

Avril : offensive parlementaire générale. Là, ça tourne mal. On risque la bataille de rue. Plutôt que de se risquer aux dangereuses séries d’escarmouche que les frondeurs voulaient lancer, le gouvernement fait appel à la dissuasion nucléaire : le 49-3. Si vous n’êtes vraiment pas d’accord, allez jusqu’au bout et renversez donc le gouvernement. Celui-ci dissoudrait alors l’Assemblée, renvoyant les députés frondeurs devant leurs électeurs…. Combien en reviendraient ?

Cela ressemble fort aux manuels du parfait petit réformateur que publient les thinks tanks depuis des années. Et pourtant, l’échec est manifeste. Pourquoi ?

Parce que le gouvernement avait oublié la CGT. Rattrapée par la CFDT aux dernières élections professionnelles, le premier syndicat français risque de glisser à la 2° place. Pour bien marquer une différence, qui était devenue peu discernable à l’époque de Bernard Thibault, le syndicat dirigé à présent par Philippe Martinez se radicalise. Il démontre ses capacités de blocage de l’économie du pays à partir des positions stratégiques qu’il contrôle : l’énergie et les transports publics.

Mais pourquoi Matteo Renzi, le Manuel Valls italien, est-il parvenu, lui, à faire passer son Jobs Act – qui est le véritable inspirateur de la Loi El Khomry, même s’il est beaucoup plus ambitieux ?

Le Jobs Act a inventé le CDD à protection croissante. Durant les 3 premières années qui suivent l’embauche, les licenciements sont aisés, ensuite, ils donnent lieu à des indemnités tarifées et plafonnées. Il avait pourtant contre lui tous les syndicats, des manifestations monstres à travers tout le pays, les frondeurs de sa majorité décidés, eux aussi, à tout faire pour empêcher l’adoption de sa loi. Comme Valls, il a utilisé le vote bloqué. Résultat : 200 000 emplois ont été créés en un an. Le taux de chômage des Italiens reste supérieur au nôtre, mais il a tendance à baisser légèrement. Nul ne peut dire si cette amélioration sera durable. En tous cas, elle confère au premier ministre italien une image d’audace et de dynamisme.

Mais la question qu’on ne peut manquer de se poser chez nous est la suivante : si la gauche au pouvoir, supposée avoir l’oreille de certains syndicats, ne parvient pas à faire passer des réformes, qu’en serait-il si, la droite, victorieuse l’an prochain, décidait d’imposer les siennes, autrement plus transgressives, si l’on en croit les programmes des primaires ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......