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Le jour d'après

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À retrouver dans l'émission

Nous sommes une nation, nous sommes un peuple . Ce peuple, rendu morose et dépressif par le sentiment de délitement de la société et de déclassement de la nation, rêvait de se retrouver. Il lui manquait une occasion de renouer avec ses valeurs fondamentales, de communier dans une émotion partagée, afin de refonder le pacte républicain. Bien involontairement, les assassins de Charlie Hebdo, des clients juifs d’un hypermarché cacher et les policiers, tués en les cherchant à nous protéger, nous en ont fourni l’occasion.

Après les massacres commis par Mohamed Merah dans une école juive et contre des soldats français qu’il considérait comme des « traîtres à l’islam » les lâches assassinats commis par Mehdi Nemmouche , citoyen français, au Musée juif de Bruxelles, on a attendu une prise de conscience et une réaction forte. En vain. Mais les crimes des frères Kouachi, à Charlie Hebdo , et ceux commis par leur complice Amedi Coulibaly à l’hypermarché cacher de la Porte de Vincennes , ont fait déborder le vase. Trop, c’est trop, ont pensé les Français. Et ils l’ont fait savoir en descendant dans la rue pour crier leur soutien aux caricaturistes blasphématoires leur attachement inébranlable à une liberté de critique et d’expression qui fait partie de notre culture et qui n’est pas négociable sans nous renier nous-mêmes.

Du coup, les terroristes islamistes ont raté leur coup : au lieu de nous intimider, de susciter dans la population un climat d’insécurité, ils nous ont rendu notre courage et notre fierté . Au lieu de nous diviser, ils nous ont rassemblés. On peut supprimer une poignée de caricaturistes qui se sont moqués de bigots fanatiques, on ne peut pas tuer trois millions 500 000 manifestants, dans toute la France.

Ce qui est remarquable, c’est que cette vague de fond est venue des profondeurs de la société. Les premières grandes manifestations ont été spontanées. Elles n’ont pas été appelées par les partis politiques, par les syndicats, ni même par le monde associatif. Ce sont des citoyens qui se sont rassemblés de leur propre chef. A la veille des immenses défilés d’hier, bien des gens sur les réseaux sociaux dénonçaient d’avance la « récupération » des rassemblements par le gouvernement, ou par l’opposition, l’instrumentalisation d’un mouvement qui lui échappe, par une classe politique qui porte une partie de la responsabilité de ce qui nous est arrivé. Mais nous étions bien trop nombreux pour être récupérables .

Nous sommes le jour d’après . Si nous ne voulons pas que cet immense élan qui nous a soulevés hier retombe comme un soufflé, que le 10 janvier 2015 ne reste dans nos mémoires que comme une parenthèse inédite d’unanimité nationale, une séance de psychothérapie collective pour peuple traumatisé, il faudra pose certaines questions. En voici quelques unes :

Que faire de ces individus dangereux , plus ou moins repérés par la police et susceptibles de passer à l’action contre nous ? Pourquoi un Amedi Koulibaly, condamné à 5 ans de prison, en décembre 2013, était-il en liberté ? Pourquoi l’un des frères Kouachi et Koulibaly ont-ils pu échanger 400 communications sur les portables de leurs compagnes, sans que la DGSI soit autorisée à les mettre sur écoute ? Au nom de la protection de la vie privée, le Parlement européen peut-il continuer à bloque la création, réclamée par les Etats européens, d’un fichier européen sur les passagers aériens ?

Des nombreux témoignages d’enseignants attestent qu’aux yeux de certains élèves la liberté de la presse devrait s’arrêter devant les interdits de telle ou telle religion. Ici, ou là, on retire Voltaire, Darwin, ou l’enseignement de la Shoah des programmes, afin de ne pas heurter les susceptibilités. Comment faire en sorte que l’école de la République renoue avec les valeurs républicaines, telles que la tolérance, la liberté de conscience, l’esprit critique ?

Enfin, pendant que nous défilions, la secte islamiste Boko Haram rasait 16 villages près du lac Tchad, au Nigéria, massacrant 2 000 femmes, enfants et vieillards, incapables de fuir. Ceux qui tentent de nous faire taire ici, massacrent là-bas, au nom de la même idéologie : une version délirante de l’islam , utilisée à des fins politiques. Ils nous ont déclaré la guerre, parce que nous sommes démocrates, laïcs et républicains parce qu’ils haïssent les Juifs, ainsi que les musulmans qui refusent de leur obéir.

Beaucoup, hier encore, refusaient de croire à ce défi et même à nommer par son nom l’idéologie qui l’inspire – l’islamisme radical. « Une partie de l’opinion, écrit Jean-Pierre Le Goff dans le Figaro Vox, a encore du mal à admettre que nous puissions avoir des ennemis qui veulent nous détruire et qu’il faut combattre ». Cela peut-il changer ? Bref, nous sommes le jour d’après. Que faisons-nous ?

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