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Le logement, révélateur d'un système social en fin de parcours

4 min
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La pauvreté touche, en France, environ 13 % de la population . Elle frappe de manière toute particulière les familles sans pères : 30 % de celles qu’on rencontre dans les centres du Secours catholique sont dites « monoparentales ». Un seul salaire suffit rarement pour faire face à la hausse des dépenses simultanée des loyers et de l’énergie (chauffage et transports).

En outre, notre système de protection sociale, qui a atteint son régime de croisière lors des Trente Glorieuses, a été conçu pour assurer le salarié industriel et sa famille . Il se trouve donc pris au dépourvu à la fois par la tertiarisation des emplois et la précarisation des parcours professionnels – qui est souvent le sort des femmes. Face à une logique qui relevait de l’assurance, ont été imaginées des prestations qui relèvent de l’assistance, dont la dernière en date est le RSA. Par ailleurs, la famille a perdu la stabilité qui était la sienne à cette époque. Une union sur deux se termine par un divorce. Les familles sont recomposées.

Un tout récent sondage Ifop pour le Défenseur des Droits nous révèle 27 % de nos concitoyens estiment avoir déjà été victimes de « discrimination au logement ». A la question « Quelles étaient selon vous la ou les raisons de cette discrimination, 50 % répondent : des ressources trop irrégulières , 37 % leur âge dont 32 % qui s’estiment avoir été jugés trop jeunes 18 % se sont sentis discriminés en fonction de la structure de leur famille (monoparentale ou famille nombreuse), 14 % en fonction de leurs origines (étrangères ou d’outre-mer) et 7 % en raison de leur homosexualité.

L’irrégularité des ressources apparaît bien, dans les faits, comme la cause majeure du refus de loger. Les travailleurs précaires sont donc doublement pénalisés.

Les Français consacraient 15 % de leurs revenus à se loger dans les années 80 . La hausse des prix de l’immobilier a fait passer cette part à 23 % trente ans plus tard, selon OpinionWay et, pour les locataires, elle a grimpé à 35 % - plus du tiers de leurs revenus !

La principale cause de cette hausse, scandaleusement déconnectée de celle des revenus, est bien connue. C’est le manque de logements qui, dans les zones urbaines, en particulier, a fait s’envoler les prix et les loyers. L’offre est insuffisante. La rareté entretient la hausse. Sur un marché de plus en plus tendu, ce sont les vendeurs et les propriétaires qui font la loi. C’est pourquoi les gouvernements successifs doivent inventer des dispositifs fiscaux incitant les épargnants à investir dans le parc locatif privé. Le « Scellier » va ainsi être remplacé par le « Duflot » , encore plus avantageux, mais qui devra financer des logements aux loyers inférieurs à ceux du marché. La promotion immobilière va ainsi rester sous perfusion

D’une manière générale, ce gouvernement semble tenté par un encadrement des loyers qui n’a jamais fonctionné nulle part. Selon le proverbe, il y a deux moyens de détruire une ville, les bombardements aériens et le contrôle des loyers ….

Reste le logement social. Le mouvement HLM gère 4 500 000 logements sociaux et loge ainsi 10 millions de personnes, soit environ 15 % des ménages . Mais ce sont les 2/3 des tiers des Français qui, en théorie, pourraient prétendre à un logement social. Et de fait, 1,2 millions sont inscrits sur les listes d’attente.

Problème : au nom de la « mixité sociale » , les personnes logées en HLM appartiennent bien souvent aux classes moyennes et auraient les moyens de se loger, comme les copains, sur le marché libre. Mais en France, les droits acquis le sont pour toujours. Les passe-droits, le clientélisme électoral, le copinage politique font des miracles. Et les organismes gestionnaires ont tout intérêt à conserver ces ménages réputés « bons payeurs » pour équilibrer leurs comptes. Cela illustre les limites d'une politique sociale, apparemment la plus généreuse d'Europe (en pourcentage de PIB), en réalité largement détournée à leur profit par les classes moyennes.

En bout de chaîne, les sans-logis semblent constituer un problème insoluble , puisque chaque gouvernement, chaque hiver, ajoute de nouveaux programmes et de nouveaux crédits à ceux déjà existants, sans que leur nombre ne cesse d’augmenter….

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond du côté du logement. Mais c'est tout notre système de protection sociale, conçu dans les années 50/60, qui n'est plus adapté aux évolutions de la société.

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