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Le match CanalPlay / Netflix

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Dans le système éducatif, les cours de rattrapage ont pour fonction de compenser, après-coup, une leçon séchée ou mal comprise. C’est l’idée véhiculée par l’expression « télévision de rattrapage » : elle induisait l’idée qu’on pouvait récupérer un épisode manqué, afin de pouvoir continuer à suivre une série à laquelle on vouait fidélité.

Visiblement, la SVoD ou vidéo à la demande sur abonnement, ce n’est plus du simple « rattrapage ». Les modes de consommation de la télévision sont en train de changer comme ceux de toutes les autres industries de contenus, bousculés par internet. Les « rendez-vous » avec des publics ciblés, qu’il fallait faire progressivement converger vers la grand-messe du 20 Heures, est une affaire du passé. Les nouvelles générations, consommatrices exigeantes, veulent le programme de leur choix, au moment où ça les chante, et sur le support qui leur convient – plus seulement l’écran du téléviseur familial, mais aussi leur ordinateur, ou leur tablette. « Ataward », disent les Anglo-Saxons : any time, anywhere, any device.

C’est précisément ce que propose Netflix , le nouveau géant numérique américain qui, comme les autres – Google, Facebook, Amazon, Microsoft et consort, vise à s’établir en position de monopole. Il n’est pas sûr que ce soit acquis, cette fois-ci. D’abord, parce qu’aux Etats-Unis, même, il affronte la concurrence de CBS et surtout de HBO, le Canal américain.

Mais aussi parce que les Français, avertis, avaient pris, cette fois, une longueur d’avance. CanalPlay , la SVoD de CanaPlus ne cesse de répéter qu’elle ne craint pas le géant américain. Mieux : la rumeur entourant l’arrivée de son concurrent a attiré l’attention du public sur cette nouvelle façon de regarder des programmes, et les abonnements à CanalPlay ont bondi, au cours des derniers mois, atteignant les 520 000 en France.

Selon Olivier Bomsel, l’avenir appartient aux chaînes qui produisent leurs propres séries, exclusives et à destination de l’international. Canal correspond à cette définition - outre une offre de 2 000 films et 1 200 séries, la chaîne a signé, avec HBO, un accord, qui lui permet de disposer des séries américaines les plus populaires du moment. N’oublions pas que StudioCanal est leader sur le cinéma en Europe et finance environ 20 % de la production cinématographique française. Les séries co-produites par Canal , Braquo, Les Revenants, Engrenages, ont démontré sa capacité d’innovation. En outre, la chaîne câblée qui fête ses trente ans, est puissante, présente à l’international, notamment en Pologne et en Afrique sub-saharienne, et a développé une offre diversifiée.

Fallait-il développer un champion national, comme le voulait l’ancien ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg et en prend-on le chemin ? On sait qu’Orange et TF1 travaillent à la création d’une offre concurrente à celle de Netflix, et qu’ils aimeraient bien y associer Canal . Comme les trois autres fournisseurs d’accès à internet, Orange est mécontent des conditions commerciales fixées par Netflix : 10 % du prix de l’abonnement et veut, par ailleurs, garantir l’avenir de son propre bouquet de chaînes, OCS, détenu pour un tiers par Canal . TF1 et Orange rêvaient d’associer Canal à leur projet. Réponse du directeur de Canal n Bertrand Méheut : « Le Netflix à la française existe déjà. Ca s’appelle CanalPlay. » Conclusion du PDG d’Orange, Stéphane Richard : « Je ne vois pas TF1 et Canal unir leurs forces. »

CanalPlay n’a-t-il vraiment rien à craindre de Netflix ? Arnaud Montebourg avait-il tort ou raison de vouloir monter, face au défi de l’Américain, un champion national » de la VSoD ?

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