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Le Panama, dernier dinosaure des paradis fiscaux

4 min
À retrouver dans l'émission

Le secret bancaire appartient au passé. Les Etats-Unis ont obtenu que l'état des comptes de leurs ressortissants, à travers toute la planète, soient communiqués à leur administration fiscale.

Surprise, surprise ! Ainsi, les riches et les puissants du monde se débrouilleraient pour payer proportionnellement moins d’impôts que le commun des mortels ! Ils auraient, pour ce faire, recours à des sociétés-écrans, parfois emboîtées les unes dans les autres à la manière des poupées russes, rendant leur identification personnelle presque impossible. Qui l’eut cru ?

On appréciera en particulier de trouver parmi les super-malins des Panama Papers, outre les suspects habituels, Vladimir Poutine, Bachar el-Assad, Petro Porochenko, ou Abdelaziz Bouteflika, le nom d’un ancien ministre du Budget de la France, qui se vantait d’être un champion de la traque fiscale. Dommage qu’il ait dû renoncer à ses fonctions. Sa connaissance personnelle des mécanismes de l’évasion fiscale faisait certainement de Jérôme Cahuzac un fin limier dans la traque des autres.

Vous me direz, il n’y a pas de quoi rire. D’abord parce qu’il y a toujours quelqu’un qui paye. Les repas gratuits, ça n’existe pas. Je rappelle que la pression fiscale, dans notre grand et beau pays est passée de 42 % du PIB en 2000 à 44,6 % cette année. Face à une telle gourmandise publique, lorsque les plus riches « optimisent », ce sont les classes moyennes qui trinquent. 17 millions de foyers sont imposable, contre 19 et demi, qui ne le sont pas. Le poids de l’impôt direct est donc concentré sur ces Français jugés assez riches pour payer, mais qui ne le sont pas assez pour s’offrir les services de conseillers fiscaux. Pas de société offshore pour les médecins généralistes, les professeurs des écoles, les artisans, ou les patrons de PME. C’est réservé aux footballeurs vedettes.

En réalité, le Panama mène une bataille d’arrière-garde et ces révélations sont probablement organisées pour briser les reins de cet Etat minuscule, le dernier gros poisson à narguer l’OCDE depuis plusieurs années. Face à la crise financière, le G 20 a, en effet, adopté plusieurs décisions destinées à mettre fin à l’opacité des paradis fiscaux. A charge pour l’OCDE de les mettre en musique. Cela a en effet débouché sur deux Accords assez techniques, le premier organisant la transmission des données sur les avoirs détenus par des personnes privées dans des banques étrangères à pays de résidence, le FATCA ; le second visant en particulier à contraindre les entreprises à payer leurs impôts dans les pays où se déroulent leurs activités, le BEPS.

Les Etats-Unis ont été les premiers à obtenir que la quasi-totalité des banques de la planète communiquent à leur administration fiscale les données concernant leurs ressortissants. Sous peine d’interdiction d’exercer sur le territoire des Etats-Unis ; ce qui, pour un banquier, est assez dissuasif. Les Européens se sont engouffrés dans cette brèche. Et aujourd’hui, tous les pays européens, y compris la Suisse, le Luxembourg et même Monaco se plient à cette exigence. Le secret bancaire appartient donc au passé. Restent donc Panama, Bahreïn, le Liban, Nauru et le Vanuatu. Ils auront probablement bénéficié de la neutralisation des autres pour voir se précipiter l’argent caché. Mais les Panama Papers constituent une arme de dissuasion massive. Quel millionnaire aura encore suffisamment confiance dans ce pays pour aller y cacher son magot ?

De toute façon, la lutte entre l’inventivité débordante des conseillers fiscaux et les administrations fiscales est aussi vieille que l’existence des Etats. Les Panama Papers participent de cet affrontement. L’effet collatéral de cette bombe qui n’a pas fini d’exploser sera de convaincre les masses, déjà suspicieuses, que les membres des élites sont tous des voleurs. Et d’alimenter ainsi le populisme ambiant. Avions-nous besoin de ça ?

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