LE DIRECT

Le Parti du Mouvement, combien de divisions ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec le mauvais esprit qui me caractérise, j’avais formé le projet de vous opposer l’un à l’autre, sachant que vous êtes, Mathieu Pigasse de tempérament social-démocrate et vous, Philippe Manière , de sensibilité libérale. Mais après avoir lu vos deux livres, je me suis trouvé bien embêté. Car loin de se contredire en tout, comme je l’espérais, j’ai trouvé que vos contributions au débat avaient plutôt tendance à se compléter. Et ce n’est pas seulement parce que « le Pays où la vie est plus dure » s’attache à expliquer en quoi la mondialisation a été non pas la cause, mais le révélateur des faiblesses et des hypocrisies françaises, tandis que « Révolutions » réfléchit aux moyens d’empêcher que l’inévitable déclin relatif de l’Europe ne débouche sur l’éclatement de l’euro et des convulsions fatales.

C’est surtout que vous convergez sur un même mot d’ordre : la crise – qu’elle soit d’abord française, comme chez Manière, ou franchement européenne, comme chez Pigasse, vous apparaît comme interdisant le statu quo. Le sur-place et la défense des acquis vous semblent, à l’un comme à l’autre, la recette d’un échec programmé .

Tous les deux, vous nous appelez au risque contre la rente , à la conquête de nouvelles activités économiques plutôt qu’à la préservation des existantes, à la mobilité sociale et non à la perpétuation de la même caste – devenue héréditaire – au sommet de la hiérarchie, à une politique « pro-jeune » et moins favorable aux retraités et aux secteurs protégés. On ne saurait s’en remettre à un très hypothétique retour de la croissance en Europe, en l’attendant, l’arme aux pieds, nous prévient Mathieu Pigasse. Pas question, non plus, de laisser la Grèce faire défaut : l’effet-domino nous entraînerait tous vers la faillite bancaire et la pauvreté. Or, c’est ce qui risque fort de se produire, si les dirigeants européens se contentent de demi-mesures, prises au gré des évènements.

Sous prétexte de nous protéger contre la concurrence, nos gouvernants sont en train de nous étouffer et de nous ruiner, d’après Manière. L’immobilisme profite aux divers rentiers , ainsi qu’à la super-élite de hauts fonctionnaires qui cumule les avantages des emplois à vie et celle des revenus phénoménaux des dirigeants de grandes entreprises privées.

Bref, vous appartenez tous les deux au parti du mouvement . Mais force est de constater que ce n’est pas exactement sur le thème de la réforme que se semble se jouer la campagne électorale de 2012. Au contraire. C’est sur la protection , la sécurité , la défense de l’existant et non l’activation de possibilités nouvelles que l’on fait aujourd’hui fructifier son capital électoral. Personne ne nous promet « le changement », comme Giscard en 1974. L’électorat, qui a vieilli, semble penser : on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne.

Vous aurez beau nous chanter les vertus de la mondialisation et de ses opportunités, l’ouverture et l’innovation à la suisse ou la suédoise, Philippe Manière, vous aurez du mal à convaincre une société dont l’Etat-providence se développait régulièrement à l’abri des concurrences chinoise ou coréenne, de changer de modèle.

Vous pouvez bien nous appeler, Mathieu Pigasse, à parachever l’unification monétaire par un fédéralisme budgétaire, vous ne rassurerez pas ceux qui redoutent que le niveau de nos dépenses publiques soit désormais fixé à Berlin et celui de nos prestations sociales, à Londres.

Bref, on peut se demander si vous êtes bien en phase avec l’air du temps avec vos appels à la mobilité et à l’ouverture . C’est peut-être parce que vous n’avez pas de responsabilités politiques que vous pouvez tenir ce discours… Que pèse-t-il dans un paysage politique, marqué d’abord par la nécessité de rassurer ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......