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Le problème, ce sont les addictions

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La drogue, ça ne veut rien dire. Les Anglo-saxons ont bien raison de désigner d’un seul et même mot les drogues et les médicaments. Au risque d’enfoncer quelques portes ouvertes, rappelons que, seul l’usage social fait de telle substance, une boisson récréative dont la consommation est l’objet d’une culture sophistiquée, et de telle autre, un dangereux poison, nécessitant l’intervention des services sociaux et de la justice. Le problème, ce ne sont pas les drogues, mais l’addiction.

Contrairement à ce qu’on écrit souvent, le terme addiction n’est pas un anglicisme, ayant récemment acquis droit de cité dans nos dictionnaires. Il existait en français et était en usage encore au XIX° siècle il désignait une forme de contrainte par corps appliquée à un débiteur incapable de rembourser ses dettes. En français, comme en anglais, il provient étymologiquement d’un nom latin, addictio , qui désignait, en droit romain, le fait de mettre aux enchères les biens d’un débiteur insolvable. Dans certains cas, cette pratique pouvait aller jusqu’à la mise en esclavage de la personne débitrice elle-même. D’où le sens moderne du mot addiction. Il s’agit de l’usage de substances, ou de comportements dont une personne s’est rendue esclave , auxquelles elle ne peut plus s’arracher. D’où l’usage de l’adjectif compulsif, qui dénote une activité dans laquelle la volonté du sujet est prise en défaut. Les addictions sont multiples : troubles du comportement alimentaire, comme la boulimie, addiction aux substances psychoactives, culturisme, conduites dites à risques, addiction sexuelle.

Une société qui pousse à la performance à tout prix, intellectuelle et physique (je renvoie aux livres d’Alain Ehrenberg) qui encourage l’individu à refuser et à transgresser ses propres limites (ceux du philosophe Jean-François Mattéi) ; et dont l’économie repose sur la stimulation permanente de la consommation , une telle société ne devrait pas s’étonner de rencontrer des problèmes d’addiction. Ils font partie de son code génétique.

Mais à ces addictions, sont associées des affections chroniques – l’alcoolisme entraîne des risques de cirrhose du foie, le tabagisme multiplie ceux du cancer du poumon, et la plupart des substances illicites occasionnent des dégâts dans le système neuro-cérébral. C’est pourquoi notre Etat tutélaire en a fait une préoccupation de santé publique.

En 1982, a été créée une Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Elle a pour fonction de fournir des soins afin de limiter les risques sanitaires et sociaux, liés à l’usage des « substances illicites ». En ce moment, si l’on en croit le rapport « Drogues et addictions, données essentielles », que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, notre pays est confronté à deux problèmes essentiels : une forte poussée de l’alcoolisme juvénile : la défonce au « binge drinking », importée du Royaume-Uni, qui fait des ravages chez les lycéens et étudiants une consommation de cannabis chez les adolescents qui atteint des seuils préoccupants, avec 5 % de cette tranche d’âge présentant un risque élevé de dépendance.

Il est évident que, seule la prévention, l’information sur les risques encourus, peut dissuader les jeunes qui se livrent à ce genre de bêtises. Personne ne songe à interdire la consommation d’alcool. C’est pourtant une drogue. Ce qui nous ramène au problème précédent….

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