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Le problème Rom

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Le problème Rom est l’un de ceux où la navigation entre racisme et angélisme est difficile . Dans le discours des uns, les Roms sont tous des mendiants et des voleurs, qui battent les enfants pour les forcer à aller dépouiller les touristes dans les métros occidentaux. La solution : les renvoyer chez eux, en Roumanie. Pour les autres, les Roms sont les victimes du racisme de la population et des élus, qui leur refusent la possibilité de s’intégrer. Il suffirait de mettre à leur disposition des terrains aménagés pour leur permettre de se sédentariser et ils ne poseraient aucun problème. Les deux approches privilégient l’éthique de la conviction aux dépends de l’éthique de la responsabilité , l’indignation morale et non la lucidité. Elles s’interdisent, en conséquence, de traiter les problèmes posés. Car il est irresponsable de prétendre qu’il n’y en pas.

Voyons d’abord les chiffres. Jean-Pierre Dacheux, auteur de Roms en France, estime à environ 15 millions le nombre de Roms en Europe. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une population nouvelle : ils sont en Europe depuis au moins la fin du Moyen Age. On parlait de « troupes d’égyptiens » et de « Bohémiens » déjà au XV° siècle. Et leur apport à la culture européenne est considérable – notamment dans le domaine musical. Mais c’est une population qui n’a aucune unité, ni homogénéité. Comme l’écrit le grand historien roumain Lucian Boia , pour parler des Roms de Roumanie, « beaucoup vivent entre eux, dans un archipel d’îles tziganes , distinctes du reste du pays les autres sont intégrés à divers degrés et certains sont assimilés. » (La Roumanie, p. 182)

Classiquement, on distingue les Gitans , qui sont les tziganes de la péninsule ibérique, les Manouches , qui sont les Tziganes d’Europe occidentale et les Roms , établis de longue date dans les Balkans et en Roumanie.

Le problème ne provient pas de nos Manouches, mais des Roms de Roumanie , qui sont arrivés en Europe de l’Ouest, à la suite de l’entrée de leur pays dans l’Union européenne en 2007. Contrairement à ce que l’on entend parfois, la Roumanie, non plus que la Bulgarie, n’appartiennent pas à la zone Schengen.

Combien sont les Roms roumains établis en France, le plus souvent dans des campements de fortune, insalubres et dangereux ? Difficile de le savoir. Officiellement, on répète le chiffre de 15 000, qui n’a vraisemblablement plus beaucoup de rapport avec la vérité. Le gouvernement ne communique plus les bilans mensuels d’implantations illégales ni celui des reconduites en Roumanie, effectuées sur la base de l’Accord de rapatriement, signé entre nos deux gouvernements, en septembre dernier. Mais l’actualité met en lumière les problèmes bien réels que rencontrent les élus locaux.

Ici ou là, des riverains, excédés par l’impuissance des politiques, expulsent eux-mêmes les campements : cité des Créneaux, dans le Nord de Marseille . On peut légitimement suspecter l’origine de certains des incendies récents dans ces campements de fortune : celui qui a ravagé, la semaine dernière, une usine désaffectée à Lyon, a fait trois victimes.

Manuel Valls , ministre de l’Intérieur, estime que « ces squats, comme les campements de fortune, doivent être évacués chaque fois qu’ils présentent de vrais dangers. » Mais on constate que l’Etat est souvent impuissant et dans l’incapacité de répondre aux demandes formulées par les élus locaux, relayant les préoccupations de leurs électeurs.

Le problème rom n’est pas un problème français, mais un problème européen . Via le PHARE, le Fonds européen de développement régional et d’autres mécanismes européens d’aide aux ONG, ce sont quelques 17 milliards qui ont été dépensés pour tenter d’apporter des solutions aux problèmes des Roms, depuis l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Mais plutôt que des campagnes d’opinion, visant à lutter contre leur mauvaise image, l’UE devrait se concentrer sur leurs problèmes matériels : le logement, la scolarisation des enfants, l’intégration dans le marché du travail. La Roumanie, bénéficiaire d’une bonne partie de ces crédits, ne les a probablement pas utilisés au bénéfice des populations concernées. Et cela aussi fait problème.

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