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Le protecteur américain rassure les Polonais

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À retrouver dans l'émission

Alors que la Russie continue d’infiltrer dans l’est de l’Ukraine des officiers instructeurs et des agents de renseignement dépourvus d’insignes de reconnaissance, d’autres pays d’Europe centrale redoutent d’être les prochaines victimes de semblables opérations de déstabilisation. Après tout, l’Estonie et la Lettonie ont aussi d’importantes minorités russophones ; ne seront-elles pas instrumentalisées, demain, pour intervenir dans leurs affaires intérieures, se demandent ces Etats baltes ? D’une manière générale, les anciennes démocraties populaires, qui ont recouvré leur souveraineté en 1989, s’inquiètent de l’agressivité de la politique de Vladimir Poutine, qui vient de porter sur les fonds baptismaux son Union eurasienne, rivale déclarée de notre Union européenne.

C’est pour tenter de les rassurer que Barack Obama a ostensiblement entamé sa tournée européenne par la Pologne. Le président américain, Prix Nobel de la Paix, a donné le ton en prononçant son premier discours, à Varsovie et non à Bruxelles, sur fond de chasseurs-bombardiers F 16... Les Polonais réclament la création, sur leur territoire, d’une base permanente de l’OTAN . L’organisation y avait renoncé, suite à un accord avec la Russie, intervenu en 1997, aux termes duquel l’Alliance atlantique s’engageait à ne pas faire stationner des forces combattantes substantielles sur le territoire des anciens membres du Pacte de Varsovie. C’était en échange de la promesse, par Moscou, de « ne pas user de la menace ou de la force de manière à violer la souveraineté ou l’intégrité territoriale de ses voisins ».

La Pologne estime qu’en annexant la Crimée, Moscou a rompu ce pacte. « Pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale », a déclaré, avant-hier, le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, en présence d’Obama, un pays européen s’est emparé par la force d’une province d’un autre pays européen . (…) Il y a des bases importantes en Grande Bretagne, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie. Pourquoi pas ici ? »

Obama a annoncé une Initiative de Réassurance européenne d’un montant d’un milliard. Il a promis de 600 parachutistes et 4 F 16 à la Pologne et le pré-positionnement de matériel militaire américain.

Si Obama a ainsi favorisé les Polonais, c’est aussi parce qu’il juge la réaction de l’Europe de l’ouest et singulièrement de l’Allemagne, insuffisante. Les intéressés répliquent qu’il est facile, pour les Américains, de hausser le ton envers Moscou, dont ils ne dépendent en rien, tandis que nous dépendons bel et bien du gaz russe. Et que la City londonienne est fortement dépendante des capitaux russes.

Je me demande si les fuites organisées par les services de renseignement français, démontrant que Washington a eu connaissance de l’emploi chimique, par l'armée syrienne, à plusieurs reprises – depuis le 25 octobre 2013 – n’auraient pas pour but de pointer l’écart, chez Obama, entre les proclamations et les actes… En tous les cas, cette passivité devant le viol, par Damas, de son engagement de détruire ses armes chimiques, sous la menace de frappes aériennes, montre que les Etats-Unis ont renoncé à jouer les shérifs de la planète.

Les Américains estiment que les Européens de l’ouest consacrent un effort budgétaire très insuffisant à leur propre défense , dans un monde de plus en plus dangereux. Chuck Hagen, le Secrétaire d’Etat à la défense, vient de déclarer à ses collègues de l’OTAN : « je suis troublé que beaucoup de nations européennes semblent se satisfaire du déclin continuel de leurs dépenses de défense. Si les Européens ne veulent pas investir dans leur propre défense, bien que leur sécurité soit menacée, alors le soutien des Etats-Unis à l’OTAN sera en danger . » Alors que le Traité transatlantique de libre échange voit les Européens négocier, en bloc et donc en force, avec les Américains, il semble que sur le plan militaire, les Etats-Unis envisagent des liens à géométrie variable, au coup par coup, bref à la tête du client. L’OTAN est-elle réellement menacée de dépérissement ?

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