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Le PS ne s'en tire pas si mal

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S’il subsistait des doutes sur la capacité du Parti socialiste à demeurer le principal parti de gauche, celui à partir duquel les autres doivent se positionner, elles ont disparu dimanche.

Le PS a laminé les Verts – qui perdent presque la moitié de leurs électeurs de 2010 et explosé la gauche radicale : le Front de Gauche ne pèse plus que 4 % de l’électorat. Jean-Yves Le Drian, assuré de son élection en Bretagne, peut se permettre de refuser d’incorporer des écologistes dans sa liste en vue du 2° tour. Comme le dit Jean-Louis Bourlanges dans son interview au Figaro, « à gauche, les modérés, proches du président et du premier ministre, l'emportent largement sur la gauche dure. À droite, c'est l'inverse : ce sont les durs, au Front national comme chez les Républicains, qui plastronnent et les modérés de la droite classique et du centre qui mordent la poussière. »

La fraction de l’électorat qui accuse le gouvernementd’avoir « trahi la gauche » est ultra-minoritaire, contrairement à ce que pouvait laisser penser la rumeur médiatique. Il est probable qu’au sein même du PS, les « frondeurs » vont se faire plus discrets dans les mois à venir. Même si le Parti socialiste ne bénéficie pas de la remontée du président de la République dans les sondages , suite à son tournant « sécuritaire », il a enrayé la spirale du déclin, entamée lors des les élections municipales de mars 2014. Et même si son score reste médiocre, le PS a de bonnes chances d’emporter 6 présidences de régions sur 13 – et peut-être même davantage. Ce n’est pas la bérézina promise.

Cambadélis et Valls.
Cambadélis et Valls. Crédits : PS - Radio France

Mais les problèmes qu’affronte le principal parti de gauche français ne sont pas résolus. Alain Bergougnioux, historien du Parti socialiste au sein duquel il exerce d’importantes fonctions, le rappelle dans un article qui vient de paraître dans la revue Commentaire.

Le PS est en déphasage avec les évolutions de la société. Fondé, à ses débuts par des intellectuels et des membres des professions libérales, il est tombé, comme le parti de droite, sous la direction de haut fonctionnaires. Il est devenu aujourd’hui, un parti d’élus et de collaborateurs d’élus, éloigné de l’électorat populaire et de ses aspirations. Les ouvriers ont voté à 43 % pour le Front national, à 20 % seulement pour le Parti socialiste. Les employés, à 36 % pour le FN et 20 % pour le PS. Cela tient aussi à son histoire contrairement à d’autres partis sociaux-démocrates européens, le mode d’implantation du socialisme, en France, a été la gestion des collectivités locales, « le socialisme municipal », et non pas les « sections d’entreprises ». Mais le PS avait su, comme le radicalisme autrefois, accompagner la montée et les aspirations des « couches nouvelles » . Tel n’est plus le cas aujourd’hui, où il paraît en peine de les identifier et de coller à leurs espérances.

Pourtant, le monde du travail aborde, sous l’effet des révolutions numérique et robotique, des mutations considérables. Dans un pays où les systèmes de protection sociale ont été construits autour du salariat classique, le phénomène des start-ups, l’uberisation et le développement de l’auto-entrepreunariat appellent des solutions nouvelles. Et la réflexion sur les meilleures façons d’accompagner ces évolutions, de manière à en protéger les acteurs est encore balbutiante. Le PS n'est pas encore, contrairement au mouvement impulsé en Italie, par le centre-gauche de Matteo Renzi, le parti de la réforme et du mouvement.

Parti gestionnaire, le PS s’était identifié aux solutions keynésiennes, promettant le plein emploi et la redistribution des fruits de la croissance par la dépense publique et les dévaluations monétaires. Manifestement, ces outils ne sont plus opératoires et le chômage s’aggrave, malgré les déficits budgétaires. Quant à la croissance, quasi-inexistante, elle ne permet aucune forme de générosité redistributrice.

Pour compenser l’épuisement idéologique du PS, Bergougnioux conseille à chaque section de se jumeler avec une ou plusieurs sections d’un parti de gauche européen. Afin d’échanger des expériences. Depuis au moins le tournant opéré par François Mitterrand en 1983, le Parti socialiste demeure fermement ancré dans le camp des partisans de l’intégration européenne . Ca ne suffit pas à lui procurer une identité forte, alors que le socialisme apparaît, depuis 1989, comme un idéal daté. Mais cela permettra peut-être, dans le futur, des convergences nécessaires avec des courants de droite partageant le même ancrage. Qui sait de quoi l’avenir est fait.

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