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Le refus d'enfant

3 min
À retrouver dans l'émission

Les Européens et les Japonais sont tellement persuadés de devoir léguer à leurs descendants des dettes extravagantes des sociétés rongées par le chômage et au bord de l’implosion une planète aux océans vides de poissons pour cause de surexploitation et à l’air irrespirablement pollué un cosmos dont les dieux se sont retirés pour de bon - qu’ils s’abstiennent de plus en plus de faire des enfants. Combien d’entre nous vivent comme si le scénario apocalyptique du roman de Cormac MacCarthy, La route, devait devenir un jour prochain notre réalité ? Marcher à travers une étrange contrée, sans oiseaux et sans arbres, où les ultimes vestiges de notre civilisation ont été abandonnés, où les rares bandes d’humains survivants sont devenus anthropophages, en tenant un enfant par la main ?

Notre civilisation, prospère et pacifiée à un point sans doute inégalé dans l’histoire , vit, paradoxalement, dans la hantise d’une apocalypse . Cesse-t-on de se reproduire parce qu’on est persuadé de marcher vers le pire ? Ou, au contraire, lorsqu’on est repus et qu’on refuse les sacrifices et les contraintes qu’implique l’éducation des enfants ? A moins que ce ne soit parce qu’on a soi-même rompu le lien avec une culture reçue et qu’on ne la juge pas digne d’être transmise ? A cette question, on ne trouve de réponse convaincante ni chez les démographes, ni chez les sociologues et moins encore chez les historiens. Ceux-ci font remarquer que notre baby-boom des Trente Glorieuses commence, en réalité, dans une France défaite, ruinée, humiliée, et occupée…

Autre paradoxe : moins nous avons d’enfants, plus ils nous obsèdent. C’est peut-être un effet de leur extrême rareté, dans les rues de nos villes, si frappante lorsqu’on revient d’un pays du Sud, mais rarement les parents et les éducateurs auront parus aussi incertains. C’est devenu un lieu commun, mais cela reste une vérité : jamais, dans nos pays, les enfants n’ont connu une santé physique aussi éclatante, mais jamais on n’a compté, chez eux, autant de troubles du comportement, de pathologies mentales : le nombre de cas d’autisme explose, les troubles du langage se répandent, l’hyperactivité touche pas loin d’un enfant sur dix aux Etats-Unis… Qu’avons-nous fait à nos enfants ?

Il y a un courant qui met en accusation les idéologies des années 60 et 70, l’influence de Françoise Dolto, et estime qu’on aurait sacrifié le principe de réalité au principe de plaisir. Nous aurions bien mérité nos « enfants tyrans » : incapables de leur résister, nous en aurions fait, en les confortant dans une illusion d’omnipotence, des adultes malheureux, s’effondrant la moindre contrainte, la moindre frustration. Ce courant d’opinion est rejoint par celui qui estime que la publicité et le marketing ont fait de l’enfant roi un « enfant proie », précocement socialisé par le biais des marques, ciblé comme relais pour influencer les choix de consommation des parents, matraqué par les messages publicitaires à la télévision… Les seules valeurs que nous ayons su leur transmettre, dit-on, de ce côté, c’est le culte du corps et du plaisir, les mythologies du marché, l’ironie superficielle, le cynisme et la dérision… Dans le cadre des familles recomposées, certains tentent d’échapper à leur sentiment de culpabilité en couvrant des enfants, qu’ils voient peu, de cadeaux chers…

Vous-même, Aldo Naouri , avez développé une théorie reposant sur l’idée qu’il y aurait eu abus collectif de maternité. On serait passé de l’ancien modèle, patriarcal, à un nouveau, où la mère cherche trop et trop longtemps à protéger son enfant de toute insatisfaction. Mais ne s’agit-il pas d’un simple mouvement de balancier, de l’ancienne famille patriarcale et autoritaire à l’actuelle, placée sous l’autorité des mères et de fonctionnement démocratique ? Et si ce dernier modèle, mis en cause, reste dominant, n’est-ce pas parce qu’il est conforme aux valeurs de la société environnante ?

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