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Le remords du pouvoir

4 min
À retrouver dans l'émission

Alain Bergougnioux et Gérard Grunberg ont nommé « remord du pouvoir », la « tension permanente » qui n’a cessé de tarauder le socialisme français, entre « son intégration croissante au système politique et le refus d’en tirer les conséquences », sur le plan doctrinal .

Dans son histoire des Gauches françaises, Jacques Julliard revient à son tour sur cette difficulté, propre au PS, de « concilier », je cite, « le radicalisme du langage avec le pragmatisme de l’action ». Et Julliard de relever que les trois grands chefs que le socialisme français s’est donné, au XX° siècle, Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand, avaient été, chacun à sa façon, des « acrobates » de cette « jonglerie verbale ».

On se souvient de la distinction fameuse, établie par Léon Blum, entre exercice du pouvoir et conquête du pouvoir . Elle a permis au président du Conseil du Front populaire de ménager, à côté de la gestion de l’Etat (bourgeois), la perspective révolutionnaire de son changement de nature même si celle-ci était toujours renvoyée à un avenir lointain…

Le socialisme, en France, qui s’est toujours trouvé à l’aise pour gérer les communautés territoriales, éprouve une sorte de mauvaise conscience aussitôt que la fortune des urnes lui donne la responsabilité de l’Etat. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il semble s’accommoder plus facilement que la droite des situations de cohabitation. Elle permet d’attribuer à l’adversaire politique – qui tienne Matignon ou l’Elysée, la modestie de la politique réellement suivie.

A priori, François Hollande , disciple de Jacques Delors et protégé de Lionel Jospin – c’est lui qui l’a imposé à la tête du Parti socialiste – ne souffre pas, lui, de ce clivage intime. Comme ses mentors, c’est un social-démocrate, un gestionnaire de la gauche réformiste, qui n’a jamais rêvé au Grand Soir. Mais l’ancien Premier secrétaire est un habitué des synthèses et des compromis. Il a voulu, dans son gouvernement, ménager les anciens défenseurs du non au Traité européen. Dans ce gouvernement de synthèse , on trouve d’authentiques sociaux-libéraux – qui rêvent d’aligner le modèle social français sur les social-démocraties rénovées du Nord de l’Europe mais aussi des jacobins, qui entendent préserver en l’état le modèle français.

Les tendances rivales se neutralisent mutuellement. Nous avons eu, la semaine dernière, une nouvelle manifestation de cette contradiction, à propos de l’affaire DailyMotion, dont le ministre du Redressement productif a interdit la vente, à l’exaspération manifeste de son confrère de l’Economie. Et le chef de l'Etat s'en trouve gêné pour assumer en paroles la politique qu'il a commencé à mettre en oeuvre. Premier facteur de blocage.

Le deuxième, que relève la presse allemande pour le déplorer, c’est l’attitude de François Hollande face à la politique européenne – dont tout dépend : elle consiste, en effet, à geler toute décision jusqu’en septembre dans l’espoir que les élections allemandes ramèneront au pouvoir les sociaux-démocrates. Alors que le temps presse. Mais temporiser, "donner du temps au temps ", est dans le code génétique des socialistes français, persuadés depuis longtemps qu'il n'est de problème dont on ne vienne à bout en le laissant se faire oublier...

Le PS, écrit Gérard Grunberg, dans un récent article pour telos, est éclaté en « féodalités » qui profitent de l’affaiblissement du « souverain » , pour donner de la voix. On assiste, selon ce politologue, à une « revanche de l’appareil du parti » contre un président qui n’avait pas sa préférence, lors des primaires. Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale entend en profiter pour mettre le gouvernement « sous tutelle », afin de le contraindre à un « changement de cap ».

C’est une attitude dangereuse. En affaiblissant le gouvernement issu de ses rangs, le PS se tire une balle dans le pied. En outre, « l’autre politique », celle qui prétend s’affranchir de la nécessité de réformer l’Etat et de repenser un système social qui prend l’eau, présuppose l’isolement de la France – un pari déjà risqué en 1983, lorsque François Mitterrand y a renoncé, mais qui le serait bien davantage dans le contexte actuel. Mais François Hollande n’a-t-il pas intérêt à conserver, dans son gouvernement, des personnalités qui seraient bien plus encombrantes si elles n’étaient pas tenues par un minimum de solidarité gouvernementale ?

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