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Le retour de la politique industrielle

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Dans un livre de parution récente, Jean-Louis Beffa, ne se contente pas de dénoncer les échecs, accumulés par l’économie française depuis le début du siècle, il en décrit aussi les causes et surtout il propose une série de réformes bien concrètes. L’homme connaît très bien le monde de l’entreprise cet X-Mines est l’ancien PDG de Saint-Gobain. Auteur du Rapport « Pour une nouvelle politique industrielle », remis à Jacques Chirac en 2005n il passe pour avoir repris du service auprès de François Hollande, auquel il servirait de sherpa dans le monde de l’entreprise, dont il connaît bien les dirigeants. Ce n’est pas un idéologue, mais un homme de terrain, possédant manifestement une vaste expérience de ce qui se joue dans le monde et des chances qui nous restent d’y maintenir nos positions.

Alors que que dit M. Beffa dans « La France doit agir » ?

Primo qu’il ne faut pas confondre la situation des sociétés « exerçant un métier régional » et celles qui exercent un « métier mondial ». Les premières sont relativement protégées de la concurrence mondiale par des coûts de transport prohibitifs : les ciments de Lafarge ne sont pas menacés par ceux que fabrique la Chine, par exemple. Pour eux, les coûts de main d’œuvre ne sont donc pas le problème .

Mais c’est le cas, par contre, pour les fleurons du CAC 40, "exerçant un métier mondial"; ils sont soumis à une très forte concurrence et tirent de moins en moins leur chiffre d’affaires du marché français. Ces grandes sociétés arbitrent leurs décisions d’implantation en fonction, bien sûr, d’un marché local de consommateurs, mais aussi des coûts qu’elles trouvent sur place – coûts énergétiques, comme coûts du travail. Ce sont elles qu’une véritable politique industrielle doit cibler, parce qu’elles totalisent la majorité de nos exportations.

Or, les pouvoirs publics ont eu tendance à privilégier les sociétés exerçant un métier régional . Pour une raison simple : elles fournissent la grande majorité des emplois. Oui, mais ce sont les sociétés à « métier mondial » qui exportent.

De ce point de vue, le Cice , le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, mis en place par François Hollande, lui paraît une mauvaise idée. Parce qu’il favorise les secteurs les moins exposés à la concurrence , ceux pour lesquels le problème ne vient pas des coûts de production. Le plus gros bénéficiaire du Cice est La Poste, qui évolue dans un secteur protégé. Alors que, d’une manière générale, dans l’industrie, le Cice va faire baisser le coût du travail d’un bien modeste pourcentage : 0,3 %. Pas suffisant pour décider les grands groupes à rester en France ou à y revenir.

L’emploi, en France, se concentre dans les services. Mais c’est de l’industrie qu’on peut attendre un rééquilibrage de notre balance commerciale , ainsi que des emplois qualifiés et bien payés. Les Allemands l’ont bien compris. Or, notre industrie a perdu 750 000 emplois en une décennie.

Notre pays a deux choix possibilités : soit restreindre notre demande intérieure, par une baisse générale des salaires et/ou de nouvelles vagues de hausses d’impôts – ce qui n’est pas souhaitable, vue l’extrême médiocrité des rémunérations, en France – comparons-nous un peu à la Suisse, sur ce terrain (Salaire médian en France = 1675 Euros, en Suisse = 5 200…) ; soit, pousser le feu des exportations, comme le font en ce moment les Etats-Unis, en s’appuyant sur la réduction des coûts énergétiques, grâce aux gaz de schistes.

Notre industrie n’a pu ni s’automatiser et s’équiper en robots de pointe, ni s’adapter aux évolutions de la demande mondiale, ni innover suffisamment, ni se spécialiser dans les secteurs d’avenir. Elle ne l’a pas pu parce que ses marges sont trop faibles . Sauter sur sa chaise en disant : monter en gamme, monter en gamme relève, dans ces conditions du vœu pieux.

Au terme de cette analyse, M. Beffa préconise une série de réformes, qui vont de la formation aux retraites, mais surtout une stratégie de réindustrialisation co-pilotée par l’Etat et les grands groupes. Une stratégie de reconquête qui s’inspirerait de celle mise en œuvre par ce petit pays, formidable innovateur industriel (qu’on pense à Samsung), qu’est la Corée. Oui, la Corée, plutôt que l’Allemagne , dont Jean-Louis Beffa pense que le modèle est menacé, parce que sa base industrielle est insuffisamment diversifiée et que sa démographie est inquiétante.

De manière générale, il semble qu’on en revienne à l’idée de politique industrielle, d’Etat-stratège. Où en est-on des « 34 plans industriels » lancés par Arnaud Montebourg à l’automne dernier ?

Le dossier Alstom est bien co-piloté depuis le ministère de l’Economie, puisqu’on voit Arnaud Montebourg tenter de bloquer le rachat de sa branche énergie par l’Américain General Electric. Mais l’Etat a-t-il les moyens de définir et d’appliquer une véritable politique industrielle dans le monde ouvert qui est désormais le nôtre ?

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