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le secteur social et solidaire

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Nicolas Hulot, vous êtes, avec Daniel Cohn Bendit, l’une des rares personnalités représentant l’écologisme dans notre pays à échapper à l’impopularité. Et le paradoxe, c’est que si les dirigeants écologistes sont peu appréciés de l’opinion, la cause même au nom de laquelle ils prétendent agir, la défense de l’environnement est, au contraire, l’objet d’une forte préoccupation. Comment expliquer ce décalage ?

Par la compromission des dirigeants avec le jeu politicien contre lequel leurs devanciers se prétendaient immunisés, disent les observateurs. Peut-être aussi et surtout, parce qu’ils poussent plus loin que d’autres la tendance lourde des Français à disjoindre les principes proclamés de leurs applications politiques, à pratiquer l’indignation permanente, à préférer la construction d’une utopie théorique aux réformes concrètes . Vous êtes, au contraire, un homme de terrain et vous ne semblez pas avoir d’ambitions politiques personnelles. Vous devez vous retrouver dans les « révolutions invisibles », recensées par Floran Augagneur et Dominique Rousset.

« Le changement est en marche », dites-vous. Dans l’habitat, les transports, la création de lien social, des initiatives fleurissent tous les jours. Ce qui leur manque, c’est de se connaître en elles, afin de mieux se coordonner. Ce qui leur manque aussi, c’est la visibilité qui leur permettrait de se généraliser. C’est pour leur apporter le concours de votre propre notoriété que vous avez lancé l’opération « My positive impact ». Et en effet, des initiatives de toutes sortes fleurissent, encouragées qu’elles sont, dans notre pays, par l’aggravation continuelle du chômage et la baisse du pouvoir d’achat – du côté des mauvaises raisons, mais aussi – et ce sont les bonnes raisons, par les formidables outils nouveaux que nous fournissent les nouvelles technologies.

La désintermédiation permet à des particuliers de coopérer pour prendre en charge les problèmes concrets qu’ils rencontrent, d’échanger directement. Les nouvelles mentalités privilégient l’usage et le service plutôt que la possession des équipements : l’économie du partage y trouve son compte. Les gens entendent soutenir de leurs propres deniers les projets créatifs qui ont leur accord : ils pratiquent le crowdfunding Vu de loin, le pays semble résigné et morose. Mais de près, il scintille d’innombrables initiatives.

C’est dans ce cadre, je crois, qu’il faut analyser le développement du secteur économique dit « social et solidaire ». Il peut sembler marginal en terme de PIB (3,2 %) du total, mais il aurait permis la création de d’un million et demi d’emplois . En outre, c’est un secteur qui va connaître dans les toutes prochaines années un fort appel d’air, puisqu’on estime à 600 000 le nombre de ses salariés qui vont partir en retraite.

C’est un secteur qui se révèlera de plus en plus important, à mesure que l’Etat, dont les finances sont malades, devra renoncer à un certain nombre de missions qu’il n’est plus en mesure d’effectuer. On le voit bien avec la dépendance . Hier encore, on nous promettait la création d’une « 5° branche de la Sécurité sociale », après celles de la maladie, des accidents du travail, de la vieillesse et de la famille. Aujourd’hui, on constate que ce secteur se partage entre des entreprises privées et le secteur associatif.

Or, le secteur associatif apparaît lui-même à un tournant. Du fait de la baisse générale des subventions publiques – en particulier de celles qui provenaient hier des collectivités territoriales et de la faiblesse du mécénat dans notre pays, une nouvelle logique se met en place : les associations doivent se financer en effectuant des services rémunérés. Elles proposent des prestations dans le cadre d’un système d’appels d’offres, qui les oblige à se professionnaliser . Elles sont ainsi amenées, en particulier dans le secteur social, à assumer des missions de politique publique.

Le secteur associatif ne veut pas être un supplément d’âme de l’économie classique. Il a aussi pour mission d’innover dans ses méthodes et de diffuser ses recettes, lorsqu’elles réussissent vers l’ensemble du secteur productif.

Que vous inspire ce secteur économique ?

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