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le Sida, "construction sociale" ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Contester le « paradigme dominant » peut amener à proférer bien des sottises. Dans la plupart des cas, ce n’est pas dramatique c’est juste une façon de suivre la mode lancée par les théoriciens « déconstructivistes » et « post-modernistes » qui sévissent dans les universités américaines.

Alan Sokal , un professeur de physique de l’Université de New York, s’était amusé à parodier le style hermétique et certaines théories vaguement inspirées de Derrida, voire de Foucault, selon lesquelles tout discours sur la réalité ressort d’une « construction sociale » , tout énoncé cherchant à décrire les choses telles qu’elles sont est tributaire d’un « régime de vérité » et que, d’ailleurs, tous les « discours » se valent, sauf que celui des « dominés » est moralement supérieur à celui des « dominants »…

Dans son article pseudo-scientifique, mais écrit dans le jargon utilisé par les théoriciens en question, Sokal concluait que le réel lui-même n’était… qu’une illusion bourgeoise, participant du « paradigme dominant », dont il convenait de se débarrasser au plus vite… Comme on s’en souvient peut-être, la très sérieuse revue Social Text , ne percevant nullement le caractère parodique et gaguesque de l’article, l’avait jugé digne de publication et inclus tel quel dans ses austères colonnes. Le titre aurait pourtant dû alerter : « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformatrice de la gravitation quantique »…

Hé bien, il faut savoir que le SIDA – un sujet autrement plus dramatique parce que cette maladie continue à tuer – a engendré le même type d’extravagances. Toute sorte de théoriciens, dont certains sont des médecins de haut niveau, comme le docteur Etienne de Harven , n’ont pas hésité à écrire que « le SIDA et le VIH sont des concepts artificiels , définis par des impératifs politiques, moraux, économiques, et non pas une analyse scientifique, rigoureuse et honnête. » Dans son livre, « les 10 plus gros mensonges sur le SIDA, le Dr. De Harven appelle à « voir le SIDA autrement » et persiste à proclamer que, puisque le Sida n’est pas un virus, il n’y a pas de contamination ».

En août 2004, invité des « Journée d’été des Verts », à Toulouse, ce vigoureux contestataire proclamait encore : « Il n’y a aucune preuve de ce que le Sida soit une maladie infectieuse, sexuellement transmissible, et de caractère épidémique. » « L’existence même du VIH doit être très sérieusement mise en doute ». Enfin, venait la théorie du complot et la mise en cause habituelle des intérêts économiques occultes - touche finale au tableau : « ne soyez pas surpris d’entendre tout ceci pour la première fois. La cause en est que notre presse et nos médias sont totalement censurés à l’expression de toute opinion dissidente, censure jalousement sauvegardée par l’industrie pharmaceutique ».

Le problème, c’est que l’ancien président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, a été fort impressionné par ce genre de fantaisies. Oscillant entre la négation que la maladie soit causée par le HIV et la tentation complotiste d’en attribuer la responsabilité aux Occidentaux, il a longtemps bloqué l’usage des traitements anti-HIV en Afrique du Sud. Selon une étude de santé publique de l'Ecole d'Harvard, 333 000 décès seraient imputables au refus de Thabo Mbeki de faciliter l'accès aux traitements contre le sida, au prétexte que ces médicaments étaient toxiques et dangereux.

Aujourd’hui, le principal militant sud-africain de la lutte contre le Sida Zachie Achmat , estime que Thabo Mbeki "a du sang sur les mains." Il estime à environ 35 000 le nombre de bébés qui sont nés séro-positifs entre 2000 et 2005 , à cause de l’interdiction faite par le président et sa ministre de la Santé de permettre aux mères séropositives d’accéder à la Nivérapine un médicament qui réduit fortement la transmission du VIH de la mère à l'enfant.

Et pourtant, dès 2002, Nelson Mandela , le père de la nation, avait mis toute son autorité sur la table pour que cesse ce scandale, en déclarant : « Ceci est une guerre. Elle a tué plus de gens que cela n’a été le cas dans toutes les guerres précédentes. Nous devons cesser d’argumenter et de débattre, tandis que des gens meurent. »

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