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Le spectre de la guerre civile

4 min
À retrouver dans l'émission

Sur Project Syndicate, Christian Sahner, étudiant à Princeton s’interroge sur le destin de ces grandes villes du Moyen-Orient, autrefois riches de leur diversité, et aujourd’hui « homogénéisée ». Musulmans sunnites ou chiites, chrétiens coptes ou maronites, lorsqu’ils n’ont pas préféré fuir, y vivent chacun dans leur quartier, entre soi, plus ou moins protégés par leur propre milice des extrémistes du camp d’à côté. « La fin de la diversité est une tragédie », écrit-il. Que reste-t-il du Levant cosmopolite d’autrefois ? De l’Egypte des romans de Lawrence Durrel, du Liban d’Amin Maalouf ?

Un historien d’Oxford, spécialiste de la France et de la Turquie, Philip Mansel, à qui on doit en français Paris, capitale de l’Europe (1814-1852) et Constantinople. La ville que désirait le monde, a publié, en 2010, un ouvrage intitulé Levant : Splendour and Catastrophe on the Mediterranean.

Il y médite sur le destin de trois grandes villes du Levant, trois ports qui furent des confluents riches et harmonieux des cultures de l’Orient et de l’Occident, des points de rencontre entre les mondes turc et européen : Alexandrie, Smyrne, Beyrouth . Ces trois villes, écrit l’historien d’Oxford, s’enrichissaient de leur capacité médiatrice. Elles avaient donné naissance à un type humain, facile à caricaturer – le « Levantin », personnage ambigu, coiffé du fez turc, mais habillé à l’européenne, parlant couramment plusieurs langues, à cheval sur les cultures. Dans la littérature, il était volontiers espion ou trafiquant, mais sa capacité à jauger la valeur d’une culture à partir des autres l’avait doté d’un esprit critique qui fait si souvent défaut. Ces trois grands ports avaient attiré des immigrés grecs, arméniens, juifs, italiens, anglais – marchands, armateurs, trafiquants des dynasties s’y étaient développées, enrichissant et modernisant leur ville.

Smyrne a été incendiée en 1922 . La ville a été prise par les nationalistes turcs qui l’ont pillée et en ont chassé Grecs et Arméniens. Les superbes villas et manoirs d’Alexandrie ont fait place aux sinistres immeubles de béton inspirés à Nasser par le style soviétique. Quant à Beyrouth, la ville de mon enfance, elle est aujourd’hui divisée en quartiers confessionnels. C’est le prix à payer pour une guerre civile interconfessionnelle qui a duré près de 15 ans et a fait plus de 200 000 morts pour 4 millions d’habitants. Inutile d’insister sur la partition de facto de la Syrie et de l’Irak, là encore selon des clivages religieux, ethniques, ou politiques.

Le destin du Levant peut-il être un jour le nôtre ? C’est ce que suggère votre roman, Les évènements. Le rêve multiculturel, qui fut celui de ces trois villes et qui est devenu le nôtre, peut-il résister à la montée des identités ? Notre pays, où les passions religieuses et politiques ont toujours été violentes et qui a connu plusieurs épisodes de guerre civile – des guerres de religion à la Commune, en passant par la Vendée, peut-il retomber un jour prochain dans un de ces conflits meurtriers ?

Notre tissu social, fragilisé par la montée du chômage et de la misère, est-il également menacé par le développement d’une immigration non maîtrisée et dont l’appauvrissement rend l’intégration plus difficile qu’autrefois ? Telles sont quelques une des questions que pose votre dernier livre, Jean Rolin.

Il en pose une autre, qui tient à la spécificité de notre histoire. La Révolution, écrivait Renan , « en ne laissant debout qu’un géant, l’Etat et des milliers de nains, en créant un centre puissant, Paris, au milieu d’un désert intellectuel », « a créé une nation dont l’avenir est peu assuré ». On l’a constaté lors de la guerre de 1870, comme lors de l’exode de juin/juillet 1940 : dans un pays où tout dépend de l’Etat, où la société civile est fragile, lorsque Paris tombe, le pays s’effondre dans la panique.

Mais que penserait le Jean Rolin d’hier, responsable de la Gauche Prolétarienne à Saint-Nazaire, qui appelait de ses vœux la guerre de classes, du Jean Rolin d’aujourd’hui, qui prophétise une France divisée en factions politiques ou religieuses, en guerre les unes avec les autres ?

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