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Le temps de travail légal, notion obsolète

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« On perd sa vie à la gagner », disions-nous en Mai 68. Voir nos pères quitter le foyer au petit matin et revenir le soir, harassés, nous avait convaincus que nous-mêmes, nous ne suivrions pas le même chemin. Cette année-là, suite aux accords de Matignon, ils gagnèrent une quatrième semaine de congés payés. Puis une cinquième, sous le gouvernement Mauroy, en 1982, en même temps que la semaine de travail passait de 40 à 39 heures. C’est à cette époque, suite au premier choc pétrolier, que le chômage, à peu près inconnu dans notre pays à l’époque des Trente Glorieuses, commença à entamer une hausse qui ne devait quasiment plus s’interrompre. Nous ne tolérerons pas que le chômage franchisse la barre des deux millions, protestait le premier ministre Pierre Mauroy. Aujourd’hui, 3 millions 460 000 personnes, dans notre pays, sont sans emploi. 5 millions 150 000 sont à la recherche d’un emploi à plein temps…

Que s’est-il passé ?

Dans les années 90, s’est développée l’idée, apparemment séduisante, que la meilleure façon de remédier au chômage était de partager le temps de travail disponible , plutôt que de chercher à l’augmenter. Puisqu’on avait « tout essayé » … Ce furent les pré-retraites, imaginées par la droite, puis les 35 heures, inventées par la gauche.

Ce n’était visiblement pas la bonne approche. A la différence des revenus, le travail n’est pas un gâteau que l’on pourrait se partager. Plus on travaille, plus on produit. Plus on produit, plus on crée du travail…

Mais le résultat de cette approche politique erronée est que nous sommes devenus le pays d’Europe où le nombre d’heures travaillées par an est le plus faible d’Europe , après la Finlande. Un salarié à plein temps accomplit, en France, 1661 heures de travail par an 186 de moins que son collègue allemand, 239 heures que son collègue britannique. On ne sache pas que cette recette ait ramené chez nous le plein-emploi…

Le rapport Pisani-Ferry, qui a été enterré encore plus vite que les rapports Gallois, Pébereau, Attali et ceux de la Cour des comptes, préconise d’assouplir les 35 heures et de geler les salaires pendant trois ans, afin de rendre à notre pays, la compétitivité perdue. Et on sait que le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, est sur cette ligne, mais qu’il ne parvient pas à la faire passer. Il faut dire que l’opinion est, sur ce sujet, divisée : si 51 % des sondés sont favorables à la suppression des 35 heures et 49 % favorables à leur maintien , et les électeurs de gauche sont 69 % à y être attachés.

En réalité, les 35 heures uniformes et obligatoires sont un mythe, qui a volé en éclats au fils des années. La durée réelle du travail en France, selon l’INSEE, pour les salariés à temps complet, est de 39,4 heures . Le problème est que cette moyenne dissimule de graves inégalités : à côté d’une France qui travaille trop, il existe une France qui travaille top peu. Est-il normal que les agents de la fonction publique territoriale totalisent en moyenne 23 jours et demi par an d’arrêt-maladie ?

Nombre d’économistes estiment cependant que si on augmentait la durée du travail, dans le cadre qui est actuellement le nôtre, celui d’un marché du travail dual, où les emplois protégés coexistent avec un vaste secteur de précaires, le résultat serait une aggravation de cette coupure en deux : les entreprises ne seraient pas incitées à embaucher des jeunes, mais à faire travailler davantage les salariés en place.

Ne serait-il pas plus intelligent de transformer ce cadre et de cesser de raisonner en termes de durée légale du travail, une notion qui a de moins en moins de sens pour les travailleurs d’aujourd’hui, connectés et nomades, et pour lesquels le sujet est la tâche à accomplir, les objectifs à atteindre et non pas le nombre d’heures passées assis à son bureau ? Le temps n’est-il pas venu de laisser les individus arbitrer librement entre le temps qu’ils souhaitent consacrer à leur travail et celui qu’ils préfèrent conserver pour leurs loisirs ? Décider librement de l'âge auquel ils désirent partir en retraite, en fonction du montant de la pension à percevoir et de leur état d'esprit et de santé ? bref, de eortir carcan du temps de travail décrété d’en haut ?

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