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Le temps du journaliste, celui de l'historien

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Bien sûr, il faut prendre garde aux usages politiques du passé lorsqu'ils prennent la forme de réaménagements de la mémoire - toujours bonne fille, docile aux sollicitations - en fonction des nécessités intéressées du présent. Orwell nous a mis en garde : "qui contrôle le passé contrôle le présent". Et l'expérience des totalitarismes du XX° siècle a alerté les historiens sur la manière dont la propagande politique sait faire coïncider les récits du passé avec le message qu'entend faire passer un pouvoir despotique...

Mais il faut se souvenir aussi que, dès sa naissance, l'histoire a visé à constituer un répertoire d'exemples, de cas-types (la guerre du Péloponnèse), de dirigeants politiques (les hommes illustres de Plutarque), de situations classiques, que l'historien épure des scories du conjoncturel, afin de leur conférer valeur universelle.

Ainsi, le regard informé de l'historien retrouve sans peine, dans l'histoire qui se déroule sous ses yeux, la répétition de configurations, la réincarnation de types politiques, qu'il a appris à repérer dans l'histoire. On sait combien Raymond Aron, pour prendre cet exemple, puisa dans Thucydide, afin de rendre compte de la guerre froide.

Vous avez, Jean-Noël Jeanneney, élu une dizaine d'évènements dans notre actualité et avez eu l'idée de confier à autant d'historiens le soin de les mettre en perspective.

Chacun de ces textes a ses mérites, mais ils ont en commun de repérer des précédents, d'établir des continuités, de fournir des contextes qui nous montrent que nous faisions erreur en les considérant comme des ruptures, des nouveautés radicales, des surgissements sans antécédents. Braudel distinguait trois types de temporalité. Riceur préférait parler de focales distinctes; celle du temps long s'attache aux continuités, aux lois historiques, celle du temps court privilégie, au contraire, l'évènement dans sa singularité. L'historien est clairement du côté du premier, le journaliste du second.Mais comme le souligne l'un des auteurs du collectif , Au regard de l'histoire (Autrement), Henry Laurens, les historiens et experts "sont censés savoir, alors que, comme tout le monde, ils se bornent à interpréter ce que rapportent les médias audiovisuels et écrits". Si l'historien donne le sens, grâce à la contextualisation, c'est bien le journaliste qui collecte et rapporte les faits. Peuvent-ils s'épauler mutuellement ?

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