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Le touristico-culturel festif en lieu d'industries

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Que savons-nous de l’état du pays, en dehors de statistiques qui ne reflètent que des moyennes ? Les politiques l’auscultent, avec l’aide des sondeurs d’opinions mais c’est avec des préoccupations bassement électorales. Les sociologues semblent souvent plus préoccupés de méthodologie et de querelles fratricides entre affiliations rivales, que de résultats précis. Heureusement, nous disposons de plusieurs géographes ayant eu l’intelligence de déborder largement du champ qui leur était attribué et sous prétexte de géographie humaine et de description dynamique des territoires, certains nous ont dressé des portraits de la France assez ressemblants.

Et puis, il y a, signe des temps, les carnets de route des voyageurs cultivés. Le récit de voyage à travers la France est en train de devenir un sous-genre littéraire : Eric Dupin , avec ses Voyages en France, Jean-Christophe Bailly : Le dépaysement, Axel Kahn : Pensées en chemin, Jean-Paul Kaufmann : Remonter la Marne. Et donc, notre Philippe Meyer, france-culturel national, qui publie ce mois-ci, Les gens de mon pays.

En train, en voiture ou en vélo électrique, Philippe Meyer est allé voir dans une dizaine de villes de France à quoi nous ressemblions, en ce début de XXI° siècle. Essayons de synthétiser tout ce qu’il en rapporte : la France ne s’est pas remise de sa désindustrialisation : à Tulle, c’est la Manufacture d’armes qui a laissé la ville orpheline à l’île de Groix, adieu à la pêche au thon qui engendrait une industrie prospère de la conserve à Lodève, on laisse mourir un artisanat d’art à Epinal, c'était la ville de Boussac, la population n’a pas fait son deuil de la fermeture des mines.

Un peu partout, c’est la culture qui est censée prendre le relais, rendre un peu de fierté aux habitants, sinon leur fournir de vrais emplois. « Jouer à fond la carte de la culture pour amortir le choc de la désindustrialisation », disait Pierre Mauroy. Mais les tentatives des « néo-îliens » de Groix de faire revivre des traditions bretonnes imaginées sonnent creux le musée Jacques Chirac à Sarran est rebaptisé « Musée de l’Abracadabrantesque et le Louvre-Lens risque d’apparaître comme une « bulle hors sol » dont les retombées touristiques bénéficieront surtout aux hôtels d’Arras et de Lille, qui n’en ont nul besoin.

Tout n’est pas noir sous la plume de Philippe Meyer chez lui, la curiosité se mêle au scepticisme et son horreur de la laideur des choses se conjugue à la bienveillance envers les humains de rencontre. Il ne ménage pas son admiration pour les villes dont la population sait porter un festival, comme Vic avec son Tempo Latino, pour les concepteurs du vélo électrique Moustache, pour le maire d’une petite ville, entrée en agonie, Les Voivres, qui a remué ciel et terre, pour faire la faire revivre, ni pour le regretté Philippe Séguin, qui a ressuscité Epinal. Mais Philippe, il est moins compromettant de confesser son admiration pour les politiques morts que vivants.

Chacun lira ce livre très révélateur d’un certain état de la France selon la focale qui lui est habituelle. Pour ma part, je suis sensible à l’idée que la pire des choses, pour un territoire, est d’en placer les habitants dans la dépendance d’un grand pourvoyeur d’emplois . Qu’il s’appelle la Manu, les Houillères, Boussac… ou le Conseil général du Pas-de-Calais… Lorsqu’il disparaît, il laisse une population assommée. Sommes-nous condamnés à recycler toute la France dans le touristico-culturel festif ? La France peut-elle se reconvertir en village de vacances pour riches retraités britanniaques et hollandais, aujourd'hui, chinois demain ?

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