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Le "trou noir" qui a failli aspirer la planète...

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Voici donc que dans leur collisionneur de particules de 27 km de circonférence, les physiciens du CERN, occupés à faire se bousculer des faisceaux de protons à une vitesse presque égale à celle de la lumière, viennent d’acquérir la confirmation d’une hypothèse émise il y a un demi-siècle : oui, le boson de Higgs existe. Si on ne l’a pas observé directement, on a mis en évidence des produits de sa désintégration. L’hypothèse de messieurs Brout, Englert et Higgs quant à l’existence d’une particule élémentaire appelée boson, et ayant pour particularité de donner une masse à d’autres particules , vient d’être confirmée expérimentalement.

Tout le monde l’a oublié, mais les expériences du LHC du CERN et donc cette confirmation auraient bien pu ne pas avoir lieu. Ou en tous cas, être repoussée de plusieurs mois ou années. Quoi ? Ne me dites pas que vous avez déjà oublié la « fin du monde » ! Prédite par toute sorte de fumistes pour cette année, en vertu de prédictions dénichées, cette fois, dans le calendrier maya, elle coïncidait fâcheusement avec les expériences du CERN, dans son accélérateur de particules.

Oui, les physiciens allaient créer des « trous noirs », risquant d’aspirer la terre, selon les optimistes, voire la galaxie tout entière pour les plus furieux. Le CERN a d’ailleurs été assigné en justice devant la Cour fédérale de Hawaï par deux illuminés, ainsi que, devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe par une Allemande, invoquant le principe de précaution.

Des vidéos montrant à quoi ressemblerait l’avalement de la planète par le « trou noir » échappé des souterrains du LHC, ont circulé sur internet. L’une d’elle, particulièrement réaliste et digne d’un film-catastrophe hollywoodien, a été vue un million et demi de fois… Preuve que l’hypothèse, tout absurde qu’elle ait été jugée par les physiciens, a provoqué de vraies craintes auprès du public non informé.

Certes, Stephen Hawking a écrit qu’un tel trou noir devait s’évaporer bien avant d’avoir eu la possibilité d’avaler la matière autour de lui, mais l’expérience du CERN n’ayant pas eu de précédent, rien ne pouvait confirmer ni infirmer cette hypothèse. Bref, si l’on avait appliqué de manière automatique le fameux « principe de précaution », on n’aurait pas aujourd’hui confirmation de l’existence du fameux boson manquant. Il était, en effet, impossible aux physiciens, d’apporter la preuve de l’innocuité des expérimentations dans lesquelles ils entendaient se lancer, puisqu’elles étaient sans précédents.

Le philosophe Dominique Lecourt décrit fort bien comment l’Occident tout entier est passé, en moins de deux siècles, d’un optimisme fondé sur une confiance aveugle envers une science, dont les « progrès » étaient censés apporter la sagesse, avec le bien-être universel, au « fatalisme du pire ». Mais la suspicion envers des scientifiques, décrits désormais comme des « apprentis sorciers », est tout aussi bornée que l’ancienne utopie de la science « prenant la place des religions ».

« Une idéologie antirationaliste rampante s’installe parmi les esprits les plus cultivés. Le pouvoir de connaître, réputé depuis Epicure, susceptible de nous délivrer de toutes les peurs, se retourne contre lui-même et, ennemi intime, suscite l’épouvante. » (L’Âge de la peur, p. 65)

La science ne mérite ni excès de confiance, car elle ne résout pas tous les problèmes – qu’y avait-il avant le Big Bang ? Que pouvons-nous savoir de « derrière le mur de Planck » ? – ni la suspicion symétrique qui lui a succédé.

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