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Le tsar en icône gay

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Je rêve d’accrocher dans ma chambre un calendrier entièrement consacré à Vladimir Poutine . Rien qu’avec les clichés disponibles sur internet, j’aurais de quoi illustrer les quatre saisons du président russe. Un Poutine de printemps, torse nu et chapeau de brousse « camouflage » pointant, au fusil à lunette, quelque ours brun dissimulé dans les bouleaux. Pour le Poutine estival, je verrais bien cette image où, en kimono à ceinture noire, il renverse un adversaire. Pour le printemps, on dispose de nombreuses photos où Poutine, portant un simple pantalon treillis, type surplus militaire, traverse une rivière, son torse musclé se reflétant dans l’eau fraîche d’un torrent. Et pour l’hiver, mon choix se portera sur une illustration du genre Poutine équestre. Celle, par exemple, où, vêtu d’un manteau et d’un pantalon de mouton retourné et de bottes de fourrure, il chevauche un immense cheval à robe fauve. Poutine, qui a fait promulguer une loi interdisant « la propagande de l’homosexualité » a tout de l’icône gay. Mais son image pourrait également être associée à certaines marques de luxe. Il pourrait promouvoir, par exemple, les montres Blancpain à 100 000 euros dont il aime faire cadeau à des garçons pauvres de rencontre. Vous me direz qu’avec une fortune personnelle évaluée à 40 milliards de dollars , il n’a certes pas besoin d’un tel contrat.

Mais quiconque a un peu d’imagination, peut compléter cette galerie… Remplacer, par exemple, certains acteurs ayant joué le rôle du méchant dans un film d’espionnage de la guerre froide, par le visage de Poutine, ancien colonel du KGB au regard d’acier, ayant exercé en Allemagne de l’est.

Sous le communisme, le comité central du Parti unique a voté l’exécution du chef des organes de sécurité, lors de la mort de Staline, en 1953 Béria était pourtant le mieux placé pour succéder au dictateur. En 1999, au contraire, c’est le directeur du FSB, Vladimir Poutine, qui a succédé à Boris Eltsne à la présidence de la Fédération de Russie . Choix confirmé par l’électorat, l’année suivante. Poutine est réélu en 2004. On lui sait gré d’avoir restauré l’ordre dans un pays que la transition avait livré au chaos des oligarques. En 2008, contraint par la Constitution de passer son tour, il fait élire son ami Dmitri Medvedev, se contenant du poste de premier ministre. Lors des élections législatives de 2011, l’opposition s’empare de la rue et les observateurs ne donnent pas cher de l’avenir de Poutine. Et pourtant, il a été réélu en mai dernier. Dans son essai de 1839, La Russie, Adolphe de Custine écrivait que le peuple russe acceptait de subir le joug de l’autocrate dans la mesure où ce despote lui promettait la domination sur un vaste empire .

Poutine a restauré la grandeur de la Russie. Il est en passe de reconquérir de gros morceaux de l’empire soviétique. Il a relevé le défi extravagant de tenir des Jeux olympiques d’hiver dans une des rares régions de la Russie où il ne neige presque jamais. « Ces Jeux se dérouleront sur les os de nos ancêtres », protestent les Tcherkesses, qui estiment avoir été victimes, au XIX° d’un véritable génocide, dans cette région. Sotchi est situé dans une zone subtropicale, à proximité du Nord Caucase, une région que les rébellions musulmanes et nationalistes font un baril de poudre. « Imaginez des JO à Kaboul », disait un officiel américain. Avec 36 milliards d’euros, ils vont coûter aussi cher que tous les JO d’hiver antérieurs additionnés !

« L’endroit ressemble à s’y méprendre à un projet de construction de l’époque soviétique. Les coûts, l’efficacité, la nature et les vies humaines n’ont jamais été considérés comme des obstacles par les dirigeants soviétiques ils ont inversé le cours de rivières en Sibérie, construit des villes sur le permafrost, et planté du maïs sur des terres vierges. Sotchi 2014 est comparable, sauf que le niveau d’argent public dépensé fera paraître mesquins les gaspillages de l’époque soviétique en comparaison… », écrivait The Economist.

Rien n’est trop difficile pour le tsar de toutes les Russies. Il monte à cheval tous les matins il relève tous les défis, chasse l’élan en culotte de peau, caresse les tigres, mate l’Ukrainien à main nue, bat Obama aux échecs, écrase l’opposition démocratique sous ses puissantes bottes. Nul doute qu’à Sotchi, il pourrait concourir, comme capitaine de l’équipe de Russie de hockey sur glace – pour peu que la médaille d’or lui soit réservée d’emblée. Au biathlon, cette fine gâchette ferait merveille. Et je l’imagine volontiers sur le podium si l’envie lui prenait de participer à l’épreuve de bobsleigh. Oui, Vladimir Poutine semble irrésistible Mais à quoi se dope le nouveau tsar de toutes les Russies ?

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