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L'échiquier politique a bougé vers la droite

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Si l’on s’en tient aux sondages, droite et gauche sont, dans l’opinion, au coude à coude . Selon CSA, 28 % des Français se déclarent de gauche (dont 4% très à gauche) et 29 % de droite (dont 10 % très à droite). 11% s’avouent centriste. Ce qui veut dire qu’un tiers de nos compatriotes (33%) ne se reconnaissent ni dans un camp, ni dans l’autre. Autant dire que c’est d’eux, de leur basculement d’un côté ou de l’autre , que dépendent les victoires électorales.

Notre vie politique a été marquée durant précisément deux siècles par un phénomène, relevé par Albert Thibaudet et qu’il avait baptisé – le sinistrisme . Il le résumait d’une phrase : « La pente est à gauche. » Ce qui signifie que les courants les plus à gauche – comme les radicaux – se trouvaient régulièrement déportés vers le centre, puis vers la droite, à mesure que naissaient de nouvelles forces à l’extrême gauche. « Ce phénomène semble désormais interrompu », écrit le sénateur socialiste Gaëtan Gorce dans son très passionnant ouvrage, Histoire de la droite Pour ceux qui n’aiment pas ça. » (p. 228)

Et, en effet, depuis 1989, l’espérance révolutionnaire s’est dissipée avec la chute du Mur de Berlin et la vérité faite enfin sur la réalité du monde communiste. La gauche s’est convertie, bon gré, mal gré, à l’économie de marché . Elle a renoncé aussi à son pacifisme internationaliste et se réclame aujourd’hui, comme la droite, à la fois de de l’Europe et de la patrie. Le gouvernement de Manuel Valls tient aujourd’hui un discours libéral en économie et sécuritaire, face à la menace terroriste.

Du coup, la droite se retrouve sommée de se durcir pour continuer à se différencier. Elle le fait sous la poussée d’une partie de son électorat, qui se radicalise . Regardez les ventes des livres d’Eric Zemmour (plus de 300 000 exemplaires) et de Philippe de Villiers (pas loin de 200 000). La nouveauté du moment, c’est que le débat intellectuel, à droite, est d’une richesse rarement vue dans le passé. Même si les média de gauche n(e s)’en rendent pas compte.

Ce déport à droite de la droite ne pourra que s’accentuer sous l’effet des récentes élections régionales. Sur Le Figaro Vox, devenu l’un des sites de référence du débat intellectuel, Jérôme Sainte-Marie écrit : « La gauche et la droite dites de gouvernement sont poussées vers la droite par le résultat des élections régionales . »

Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez Crédits : France 3

Pourquoi ? D’une part, parce que ce sont des personnalités marquées à droite qui remportent les victoires les plus remarquables : Laurent Wauquiez , vainqueur en Auvergne, s’est fait remarquer par des positions quasi-souverainistes et ses critiques de l’assistanat. Bruno Retailleau , le conquérant des Pays de la Loire, est un ancien lieutenant de Philippe de Villiers. Valérie Pécresse elle-même campe, en Ile-de-France, sur une position antinomique à celle de Nathalie Kosciuszko-Morizet. Son élection doit beaucoup à ses propositions sécuritaires de dernière minute. Le contraste est sévère avec la lourde défaite subie par Virginie Calmels en Aquitaine ou de Dominique Reynié en Midi-Pyrénées – tous deux réputés centristes.

D’autre part, parce que la droite ne peut que se féliciter du report des voix de gauche sur ceux de ses candidats sérieusement menacés par le Front national. La stratégie sarkozyste du nini relève d’un certain cynisme, mais elle s’est révélée payante. Christian Estrosi et Philippe Bertrand ont été élus avec les voix de toute la gauche . Lorsqu’il s’agit de faire barrage au Front national, c’est la droite qui apparaît la mieux placée… Or, Marine Le Pen sera de toute évidence au 2° tour de la présidentielle.

Le PS a longtemps vécu sous l’emprise d’un « surmoi marxiste », qui lui faisait ressentir une sorte de culpabilité devant le PCF – le vrai « parti de la classe ouvrière ». A présent, pourtant, le PS, malgré ses évolutions, semble débarrassé de la concurrence de la gauche radicale. Les diverses composantes du Front de gauche ne pèsent plus que 4 %.

De même le parti néo-gaulliste subissait-il une sorte de « surmoi UDF ». Le centre, libéral et européen, doté d’une histoire cohérente et d’un véritable programme, quoique minoritaire au sein de l’UMP, avait fourni son programme aux néo-gaullistes, lors de la fusion des deux familles. Voyez Jean-Pierre Raffarin. Tel n’est plus le cas.

Décidément, les primaires, à droite, ne sont pas pliées… Mais les présidentielles non plus : que va penser l’électorat indécis, les 33 %, d’une droitisation de la droite qui apparaît inéluctable pour cause de « dextrisme » de la tectonique des plaques politiques.

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